Rapport d'Enqu�te sur l'Homicide de Patricia Bouchon
le 14 f�vrier 2011

par Brigitte Picart

Les citations et minutages se r�f�rent au reportage de la s�rie Non �lucid� sur YouTube. Le lien ouvre un nouvel onglet.

I- INTRODUCTION

Dans cette affaire l’esprit bute sur plusieurs faits qui d�fient la logique:
- Qu’est-ce qui a amen� la victime � s’engager dans l’impasse obscure (� Il n’y a aucun �clairage sur le chemin � PDA � 17:53), alors qu’elle � ... courait toujours dans les endroits �clair�s parce que, contrairement � ce qu’on pourrait penser, c’�tait quelqu’un de monstrueusement peureux � (CB � 30:40), et alors qu’elle �tait plus proche de la maison aux volets bleu-clair o� elle aurait pu se r�fugier sans s’�loigner de la route �clair�e, maison visible sur les deux liens suivants? Google maps 1 - Google maps 2
- Pourquoi la plus grosse tache de sang donne-t’elle l’impression que le sang a �t� vers� d’un r�cipient?
- Pourquoi le v�hicule qui a �t� entendu quittant l’impasse lentement, a-t’il roul� sur une plate-bande sur un ou deux m�tres?
- Pourquoi l’occupant de la Clio a-t’il g�n� la circulation du livreur, qui l’a �vit� de justesse?
- Comment le tueur savait-il que la victime, apr�s une interruption de 15 jours, reprendrait le jogging ce matin-l�, et qui plus est une heure plus t�t que d’habitude?

Nous pensons que la r�ponse � ces questions se trouve dans un d�roulement des faits compl�tement diff�rent du sc�nario sugg�r� par les indices, et que ces indices sont des faux mis en place par le coupable pour berner les enqu�teurs afin de rester impuni.

Nous savons que statistiquement, sur dix homicides, neuf ont �t� commis par un proche. De plus le crime a eu lieu alors que le mari �tait � Bouloc, non pas pendant un des cinq jours de la semaine qu’il passait � Bourg-en-Bresse. Ceci le rend suspect.

Le mari de la victime, Christian Bouchon (ci-apr�s � CB �), avait un double motif pour tuer son �pouse:
- d’une part, il voulait vendre la maison de Bouloc et s’installer ailleurs alors que Patricia voulait y rester,
- d’autre part il avait d�j� une liaison avec une autre femme au moment des faits, donc un mobile suppl�mentaire. Apr�s le d�c�s de son �pouse il s’est rapidement mis en couple comme le montre la photo, et install� � Aurillac.

Dans une logique purement financi�re, se d�barrasser de Patricia permettait � CB de vendre la maison et de refaire sa vie avec sa nouvelle compagne sans perdre de temps ni d’argent dans un divorce. Voil� qui r�pond � l’�ternelle question � � qui profite le crime? �

Son alibi pour l’heure pr�sum�e de l’homicide est qu’il dormait. Certes on ne peut reprocher � personne de dormir � 4H du matin mais d’autre part, rien ne peut confirmer cet alibi et CB peut mentir. Cependant les enqu�teurs, n’ayant trouv� de trace du crime ni au domicile conjugal ni dans l’auto de CB, et les pneus du v�hicule ne correspondant pas aux traces laiss�es sur la plate-bande dans l’impasse, ont �cart� CB comme suspect (NE � 31:50). Mais �tant donn� l’importance du mobile financier du mari, on doit consid�rer que l’absence d’indice ne signifie pas forc�ment que CB est innocent: il peut avoir tr�s bien pr�par� son crime pour ne laisser aucun indice compromettant.

Il est aussi tr�s important de noter que CB n’avait aucune attache � Bouloc. Il n’y venait que le weekend et n’y avait aucun ami. Aussi de ce point de vue, il �tait plus facile pour lui de commettre le crime que pour un habitant du village qui connait tout le monde et qui devra, apr�s le crime, vivre dans l’ambiance traumatis�e et soup�onneuse sans se trahir.

Christian Bouchon est aujourd’hui patron d’une grande surface consacr�e au bricolage. Au cours de sa carri�re il a travaill� dans plusieurs villes de France et les d�m�nagements assez fr�quents font partie de son choix de carri�re. C’est un homme intelligent et il a le sens pratique. Il est tout-�-fait capable, d�s lors qu’il a d�cid� de tuer sa femme, d’imaginer un sc�nario fictif et de semer de faux indices pour que l’enqu�te s’enlise et ne soit jamais r�solue. En tant que chef d’entreprise, il est � l’aise dans les rapports avec ses subalternes, il sait se faire ob�ir en usant soit de son autorit� soit de son charme, et il ma�trise l’art de la manipulation psychologique pour obtenir ce qu’il veut sans avoir � demander. En plus le portrait robot lui ressemble beaucoup. Pour toutes ces raisons il est notre suspect n�1.

Nous allons donc mettre notre th�orie du crime � l’�preuve et �tudier les indices et ensuite nous proposerons un scenario diff�rent de celui retenu par les enqu�teurs.

II - LES INDICES

La sc�ne du crime
  1. Les taches de sang: il y en a deux, une petite et plus loin vers le bout de l’impasse, une grande correspondant � un litre de sang. Ce sang aurait �t� vers� au cours de l’agression suppos�e et l’altercation entendue par les riverains. Le rapport d’autopsie nous apprend que la victime pr�sente des fractures ouvertes: l’une entre les yeux et l’autre derri�re l’oreille droite. On peut imaginer que la victime a re�u la fracture au nez et perdu un peu de sang, qu’elle a continu� � fuir son attaquant qui l’a rattrapp�e et lui a inflig� la fracture derri�re l’oreille droite, et que cette derni�re a saign� abondamment.

    Mais comme le montre le dessin � droite, ni l’une ni l’autre des fractures ouvertes n’a pu �tre la cause de la grosse tache de sang car le syst�me sanguin ne pr�sente pas de vaisseau suffisamment gros � l’emplacement des l�sions pour qu’un litre de sang s’en �coule dans un bref laps de temps. Rappelons que l’un des deux Allemands a entendu l’auto repartir lentement. Certes on n’a pas de dur�e pr�cise mais en toute logique l’auto est repartie avec le corps de la victime au maximum cinq minutes apr�s que les �clats de voix aient �t� entendus. Or il est impossible qu’un litre de sang se soit �coul� de l’une ou l’autre plaie dans un temps si court.

    De plus le tueur a poursuivi la victime � pieds, ce qui veut dire qu’il l’a ensuite port�e jusqu’� l’auto. Si c’�tait le cas en r�alit�, des gouttes de sang s’�coulant des blessures auraient �t� trouv�es au sol or il n’en a �t� trouv� aucune.

    Qui plus est, aucune �claboussure de sang faite au moment des coups responsables des deux fractures, n’a �t� observ�e par terre.

    Et enfin, aucune goutte � proximit� de la grosse tache n’a �t� trouv�e, alors que selon le sc�nario fictif, la victime est d�c�d�e � cet endroit. Mais elle n’a pas pu tomber d’un seul coup comme foudroy�e, elle a d� s’affaisser progressivement donc il devrait y avoir des gouttes de sang � proximit� de la grosse tache, qui t�moignent de ses derniers moments avant qu’elle ne cesse de lutter et s’immobilise � terre.

    Etant donn� que les deux taches ne correspondent pas au sc�nario d’une poursuite et d’une attaque dans l’impasse, nous en concluons que le sang qui a form� ces taches a �t� vers� d’un r�cipient � une dizaine de centim�tres au-dessus du sol. Nous sommes donc en pr�sence d’un faux indice, et si le sang est un faux indice on peut ais�ment penser que les autres indices sont faux eux aussi.

  2. ...une boucle d’oreille et son fermoir �(NE � 18:28): Le reportage montre une photo de la victime portant des boucles d’oreilles en forme de petites boules ou perles, plusieurs align�es sur chaque oreille. La perle est mont�e sur une tige qui traverse le lobe de l’oreille, et une pi�ce de blocage s�par�e, ledit fermoir, ins�r�e par l’arri�re, emp�che la boucle d’oreille de tomber. D’apr�s le journaliste, on dirait que les deux objets �taient ensemble au sol. Il serait int�ressant de savoir quelle distance exacte s�parait la boucle d’oreille de son fermoir car si les deux pi�ces �taient ensemble par terre ce serait un indice de faux car lors d’une attaque il est hautement improbable que les deux pi�ces tombent au sol l’une pr�s de l’autre.
    On notera �galement qu’une seule des quatre ou cinq boucles est tomb�e de l’oreille de la victime, et on peut se demander par quel mouvement de lutte pr�sum�e ce ph�nom�ne a pu se produire, et si le cadavre portait une l�sion � l’oreille concern�e t�moignant d’un coup qui aurait fait tomber le bijou, ou si le fermoir tenait moins solidement que les autres.
  3. La trace de pneu: La pr�sence de cette longue empreinte sur la plate-bande n’a pas d’explication logique dans le sc�nario d’une attaque dans l’impasse et un d�part pr�cipit�. En effet au moment o� cette empreinte a �t� faite, le couple d’Allemands a vu l’auto � quitter doucement l’impasse � (NE � 17:33") . Cela veut dire que le conducteur a roul� sur la plate-bande d�lib�r�ment pour y laisser cette empreinte bien visible. Il ne s’agit pas du tout d’une empreinte laiss�e par m�garde dans le feu de l’action. L’auteur du crime voulait que les enqu�teurs tirent de cet indice des conclusions erronn�es: que l’homicide a eu lieu dans l’impasse et que l’auteur du crime, propri�taire d’une Clio, a emport� � bord le corps sans vie de Patricia Bouchon. Tout ceci est faux.
  4. L’altercation: Il s’agit des bribes de ce qui ressemble � une dispute de couple, entendues par les Allemands qui habitent la derni�re maison de l’impasse: des �clats de voix, des pleurs, et une voix d’homme qui dit � Excuse-moi, excuse-moi! � Si la femme est Patricia Bouchon, qui est cet homme qui lui dit � Excuse-moi �? Etant donn� le caract�re et la pathologie de la victime, il est tr�s improbable quelle ait eu un amant.
  5. La joggeuse: Rien ne prouve que la joggeuse �tait bien Patricia Bouchon. Le t�moin qui passait tous les jours � la m�me heure ne l’avait jamais vue car d’habitude elle courait une heure plus tard. Il ne peut affirmer qu’il l’a reconnue mais les enqu�teurs ont pens� � tort que cette joggeuse vue � proximit� de l’impasse ne pouvait �tre que Patricia Bouchon.
  6. La Clio: Si l’homme arr�t� au volant de cette voiture � la sortie d’un tournant avait voulu �tre remarqu� � coup s�r, il n’aurait pas pu choisir un meilleur endroit. Cela veut dire qu’il voulait faire croire que l’auteur du crime poss�dait une Clio, et l’empreinte de pneu trouv�e dans l’impasse corrobore cette fausse impression. Nous avons vu quels efforts la gendarmerie a d�ploy�s pour retrouver ce v�hicule, en vain. La ruse a bien march�!
  7. La victime � moiti� deshabill�e : Apr�s la d�couverte du cadavre les enqu�teurs, voyant que les v�tements du haut �taient relev�s et ceux du bas �taient baiss�s, ont conclu h�tivement que l’agresseur avait un mobile sexuel.
En r�sum�, tous les indices trouv�s dans l’impasse, de m�me que la joggeuse courant sur la route et l’automobiliste arr�t� dans un tournant au volant d’une Clio et l’�tat semi-deshabill� de la victime sont de faux indices destin�s � tromper les enqu�teurs, et cette tromperie a jusqu’� pr�sent �t� couronn�e de succ�s puisque l’enqu�te pi�tine.

Le rapport d’autopsie: (NE � 52:00) Il nous apprend que la victime, outre les fractures ouvertes entre les yeux et derri�re l’oreille droite dont nous avons parl� plus haut, pr�sentait aussi des plaies contuses au visage, des l�sions aux muscles du cou, au cartilage du larynx, et une fracture des vert�bres cervicales C4 et C5. Pour expliquer la cause du d�c�s, le Dr Marc (NE � 54:12) fait la d�monstration de la technique employ�e appel�e en Anglais � rear naked chokehold ou � RNC � (croquis � droite), une technique que l’on trouve dans les arts martiaux et le combat de style commando...� ou dans certaines professions qui sont autour de la s�curit� � (NE � 54:30). Cette prise permet de faire perdre connaissance � la victime en arr�tant le flux art�riel et veineux. Pouss�e � l’extr�me elle cause � la fois la strangulation et la rupture des vert�bres et de la moelle �pini�re, l�sions constat�es sur la victime.

Cependant rien ne prouve que toutes les l�sions ont �t� inflig�es dans un seul temps ni dans un seul lieu. C’est pourquoi il faut distinguer les l�sions internes des l�sions externes, les unes �tant s�ches, les autres sanglantes. Nous pensons que les l�sions internes l�tales caus�es par la prise dite � RNC � ont �t� inflig�es � la victime alors qu’elle dormait dans le lit conjugal � son domicile. Il s’agit des l�sions aux muscles du cou, au cartilage du larynx et la rupture fatale de la moelle �pini�re et des vet�bres cervicales. Comme elles sont s�ches, ces l�sions n’ont pas laiss� de trace sur le lieu du crime.

Sous r�serve de confirmation par un m�decin l�giste, les plaies contuses au visage n’ont pu �tre caus�es que post mortem car si la victime avait �t� vivante il se serait produit imm�diatement des œd�mes.

Les autres l�sions externes, les fractures au nez et derri�re l’oreille, ont aussi �t� administr�es post mortem en ext�rieur, juste avant le d�p�t du corps dans la buse pr�s de Villematier. Ainsi aucune projection de sang ne risquait de salir le domicile et incriminer CB. De m�me pour ne porter aucune trace du crime sur le corps, CB a frapp� le visage de sa femme au moyen d’un objet contondant et non pas avec les mains ou poings comme le dit le reportage.

Quand au gant de latex trouv� dans la gorge de la victime, il pr�sente une �nigme et appelle deux observations:
— il nous semble tr�s important de savoir quelle mati�re ou quel m�canisme l’attachait � la m�che de cheveux. Ce qui reliait les deux pourrait fournir un indice mat�riel sur l’identit� de l’auteur du crime. Au cours de la lutte que nous imaginons dans le sc�nario de l’impasse, nous n’avons pu visualiser quels mouvements des deux adversaires auraient pu aboutir � ce qu’une m�che des cheveux de la victime s’attache au gant. c’est pourquoi la seule explication plausible que nous avons trouv�e est que le gant et la m�che de cheveux �taient en contact dans la poche de l’auteur du crime et se sont coll�s solidement l’un � l’autre par l’action d’un agent ind�termin� et impr�vu.
— En outre l’acte de glisser un gant dans la gorge de la victime ne pouvait pas s’accomplir facilement, surtout dans l’obscurit�, car pour qu’elle ouvre suffisamment la bouche il e�t fallu lui pincer le nez, auquel cas, retenue par un seul bras de son agresseur, elle aurait pu s’�chapper.
Ces deux observations nous am�nent � conclure que le gant a �t� gliss� dans la gorge de la victime post mortem.

Enfin, nous trouvons �trange que le corps de la victime ne pr�sente aucun signe de lutte sur les membres car les indices trouv�s dans l’impasse �voquent une lutte de plusieurs minutes entre un homme et un femme de 45kg pour 1,60m. Avec cette stature elle aurait �t� facilement jet�e � terre, tra�n�e, malmen�e, mais pas la moindre �gratignure n’en t�moigne.

Une prise de sang correspondant aux taches de sang trouv�es dans l’impasse, a �t� faite sur la victime apr�s l’embarquement du cadavre dans la Clio. Il serait int�ressant de savoir si la compagne de CB a une formation d’infirmi�re car alors cette op�ration lui serait tr�s habituelle et elle aurait pu �tre d�terminante dans l’�laboration du sc�nario fictif de l’agression dans l’impasse.

On comprend alors pourquoi l’auteur du crime a cach� le cadavre: tant qu’il restait introuvable, on attribuait la cause du d�c�s quasi-certain � l’importante h�morrhagie constat�e, ce qui validait le sc�nario de l’attaque dans l’impasse par le conducteur de la Clio. Mais apr�s la d�couverte du corps et l’autopsie, plusieurs faits troublants jettent le doute sur le sc�nario d’origine:

  1. la r�v�lation que le d�c�s a �t� caus� par la rupture du rachis, non par l’h�morrhagie;
  2. l’incoh�rence entre la quantit� de sang r�pandu et l’emplacement peu vascularis� des blessures ouvertes;
  3. et la pr�sence de plaies contuses sur le visage mais pas d’œd�mes, indiquant que les coups au visage ont �t� port�s post mortem.
Pour ces raisons le sc�nario d’origine devient tr�s incertain et l’�vidence de tricherie avec le sang, les blessures et la v�ritable cause du d�c�s devrait orienter les soup�ons vers le mari car ces efforts consid�rables de tromperie r�v�lent que l’auteur du crime avait conscience de sa culpabilit�. Et qui dit faux indice dit assassinat.

On ne peut s’emp�cher de saluer le coup du sort qui a fait qu’un chasseur �tait � la recherche de son chien quelques semaines apr�s la disparition de la victime car sinon, il aurait pu se passer beaucoup de temps, des ann�es m�me, avant que des restes tr�s d�grad�s ne soient d�couverts. Gr�ce au chasseur et � la temp�rature encore fra�che en cette saison, le corps �tait encore en �tat de � parler �. Encore faut-il essayer de comprendre ce qu’il dit. Car les enqu�teurs, voyant le corps semi-d�nud� de la victime, en ont conclu que le mobile du crime �tait sexuel et se sont fix�s sur cette hypoth�se, malgr� l’absence d’autres indices de nature sexuelle.

III - UN SC�NARIO PLAUSIBLE

Vendredi 11 f�vrier 2011: Comme d’habitude CB prend l’avion � Bourg-en-Bresse, o� il travaille en semaine, et rentre � Toulouse en fin d’apr�s-midi. A Toulouse il prend sa voiture au parking de l’a�roport et rentre � Bouloc.

Dimanche 13 Nicole C., la compagne de CB, fait le voyage Bourg-Toulouse au volant de sa Clio. Dans ses bagages elle a une tenue de jogging identique � celle de Patricia Bouchon et des v�tements de rechange pour CB, y compris des chaussures.

Dans la nuit du dimanche au lundi 14, CB tue sa femme dans le lit conjugal pendant qu’elle dort en lui faisant une prise RNC telle que d�crite ci-dessus. C’est un des vigiles de son magasin qui lui a appris � la faire correctement.

Puis il habille la morte de ses v�tements de jogging sans monter le pantalon jusqu’� la taille et sans baisser le pull ni le soutien-gorge sur la poitrine. Il lui enfile une seule de ses chaussures. Cet habillage fait � moiti� lui fait gagner du temps car il tremble et ce n’est pas facile d’habiller un corps inerte, surtout quand c’est celui de sa femme qu’on vient de tuer. Il collecte les divers objets qu’on trouvera dans l’impasse: m�ches de cheveux, perce-nez, boucle d’oreille etc. et les met dans sa poche.

Sa compagne et complice l’attend en voiture devant la maison et il y d�pose le corps de sa femme; puis ils se rendent au lieu de d�p�t du corps pr�s de Villematier. Elle fait une prise de sang au cadavre et le recueille dans un bocal. Pour faire des plaies ouvertes il frappe sa femme au visage mais ne parvient pas � faire couler le sang, alors il frappe l� o� il y a des os, entre les yeux et derri�re l’oreille droite. Ces plaies � expliqueront � le sang trouv� dans l’impasse et feront croire, avec les autres objets, que la mort de la victime est survenue � l’issue d’une attaque et tentative de viol chaudement r�sist�es. CB glisse le gant dans la gorge de la victime. Une m�che de cheveux s’est attach�e au gant dans sa poche et elle se coince dans les dents du cadavre mais il n’arrive pas � retirer la m�che sans faire sortir le gant alors il abandonne, puis avec l’aide de sa complice il d�pose le corps dans la buse. Il semble difficile pour une seule personne de cacher aussi bien le corps. En effet il a fallu qu’un chasseur descende dans le foss� et se penche pour regarder dans la buse pour que le corps soit enfin trouv� car de la route parall�le au foss�, il �tait invisible. Ce fait nous a alert� sur la probabilit� d’un crime commis � deux.

De retour � la voiture CB se met � nu, se s�che et rev�t les v�tements de rechange que lui a apport�s sa complice. Les v�tements souill�s et mouill�s repartiront avec la complice.

CB a choisi l’impasse comme lieu fictif du crime parce que qu’elle est pr�s de chez lui, les objets appartenant � Patricia resteront intacts � l’abri de la circulation jusqu’� ce qu’on les trouve, et pour pouvoir laisser une empreinte de pneu dans la plate-bande nue. Ils s’y rendent.

Il verse un peu de sang et d�pose des indices � proximit�, donnant corps au sc�nario de la victime �chappant � son agresseur apr�s avoir perdu du sang la premi�re fois. Une cinquantaine de m�tres plus loin, devant la troisi�me maison o� vivent les Allemands, il (ou elle) verse le reste du sang en une seule fois et pars�me quelques autres objets autour, l� aussi pour cr�er l’illusion que la victime, affaiblie par la perte de sang, a succomb� � ses blessures � cet endroit.

En simulant une altercation avec sa complice, il attire l’attention des riverains qui se souviendront des �clats de voix en apprenant la disparition de la victime et seront des t�moins auditifs.

Pour parfaire la tromperie, CB veut un t�moin oculaires de la Clio. Gr�ce � un rep�rage pr�alable, il sait que le livreur passe � proximit� de l’impasse entre 4H40 et 4H50, et personne d’autre. C’est pourquoi il a choisi ce moment pour � faire son num�ro � avec sa complice: � l’approche du livreur la complice, d�guis�e en joggeuse, se met � courir sur la route tandis que CB place la Clio de fa�on � ce que le livreur ne puisse pas manquer de le voir.

Ensuite la complice repart � Bourg-en-Bresse en Clio avec les v�tements du crime et CB, v�tu de propre, rentre � pied chez lui en coupant � travers champ. Il n’y a aucune trace du crime ni sur lui, ni dans sa maison ni dans sa voiture.

IV - LES FAILLES DANS LE SC�NARIO

  1. On ne comprend pas la logique pour l’auteur du crime, d’emporter le cadavre car ce cadavre saigne et va laisser des traces incriminantes � l’int�rieur du v�hicule. Ce qu’il peut gagner en cachant le corps, il le perd en ayant l’ADN de la victime dans sa voiture. La seule solution serait de faire dispara�tre l’auto mais m�me cette disparition serait suspecte. La preuve en est qu’un habitant de Bouloc, ancien propri�taire d’une Clio, est devenu suspect n�1 quand il n’a pas su dire ce qu’�tait devenue son auto. Notons au passage que des �tres psychologiquement fragiles peuvent craquer sous la pression dans une ambiance d�l�t�re de soup�on et ceci pourrait expliquer le comportement de Mr Dejean apr�s le crime. Le sort de sa Clio reste cependant un myst�re.
  2. L’heure � laquelle la joggeuse a �t� vue: Il fallait qu’elle soit vue, ainsi que l’homme dans la Clio, pour accr�diter le sc�nario de l’impasse et l’heure du crime, mais � l’heure habituelle du passage de Patricia, il n’y avait pas de circulation. C’est pourquoi CB a invent� une explication, ou plut�t, DEUX explications, contradictoires, pour que Patricia fasse son jogging une heure plus t�t que d’habitude le jour de l’attaque:

En effet le 31 octobre 2011, huit mois et demie apr�s le drame, au cours d’une �mission de Radio Sud le journaliste Dominique Rizet, sp�cialiste respect� des affaires criminelles, explique que ce jour-l� Patricia Bouchon �tait sortie faire son jogging une heure plus t�t que d’habitude. Il n’a sans doute pas invent� cette info. C’est ce reportage radio qui a motiv� un auditeur d’ouvrir un fil de discussion sur le forum Non �lucid� de France 2. H�l�s, l’�mission n’est plus accessible (si elle l'a jamais �t�!) mais nous avons la chance que l’auditeur ait mentionn� l’heure de sortie inhabituelle de la victime sinon cet indice pr�cieux serait � jamais perdu.


Et un an apr�s les faits dans le Figaro CB a fourni une explication diff�rente sur l’heure tr�s matinale du jogging de sa femme: cette fois-ci il dit qu’elle sortait toujours faire son jogging � 4H30. La premi�re explication �tait peu cr�dible: en g�n�ral les secr�taires ne sont pas convoqu�es aux r�unions. Et quand bien m�me elle l’e�t �t�, pourquoi la r�union aurait-elle eu lieu avant l’heure habituelle d’ouverture du cabinet? C’est pourquoi CB a donn� une autre explication mais la deuxi�me n’est gu�re convaincante non plus car les cabinets d’avocats n’ouvrent pas � 8 heures, et m�me les accros au jogging ne sortent pas � 4H30 du matin. Heureusement on peut v�rifier les horaires aupr�s du garagiste qui voyait Patricia passer habituellement, aupr�s du livreur pour savoir s’il avait d�j� vu Patricia courir dans cette tranche horaire, et aupr�s du cabinet d’avocats o� elle travaillait.

Nous comprenons mieux maintenant pourquoi l’�mission de radio a �t� retir�e du site: CB ne pouvait pas laisser co-exister deux informations contradictoires sur un point cl� du crime, et il a d� intervenir aupr�s de la station de radio pour emp�cher que l’�mission soit disponible sur le site. Ce nettoyage de l’information n’a rien d’exceptionnel mais il est plus courant en politique surtout avec les affaires � sensibles � o� la v�rit� est parfois r�v�l�e avec candeur quand l’affaire �clate. Puis vient la version officielle et la reprise par les autres m�dias de la version officielle. C’est pourquoi le reportage de la s�rie Non Élucid�, r�alis� en 2013, nous montre au d�but un r�veil qui sonne � 4H30, tandis que la voix de PDA nous dit que c’�tait l’heure habituelle du jogging de Patricia.

Paris, le 16 f�vrier 1er juin 2015

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� Brigitte Picart 2015 (kamo@runbox.com) - Tous droits r�serv�s.