Journal de la Femme à Abattre



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Paris, février 2018

Mercredi 7: Toujours rien de nouveau concernant la succession. Hier j'ai mis en ligne mon journal de janvier et le chapitre 24 de BNNY après avoir scanné la notification de la Cour d'Appel de Paris, puis l'avoir convertie au format pdf et comme le doc faisait plus de 5MB, l'avoir conmpressé au moyen d'un service en ligne. Je me suis dit que j'ai bien fait de ne pas apprendre toutes sortes de langages informatiques car mieux vaut savoir se servir d'un seul outil, dans mon cas le HTML, et se sentir à l'aise, que d'en étudier plusieurs mais sans cesse se heurter à des problèmes. C'est déjà assez pénible quand on rencontre un problème en HTML/CSS, d'en chercher la solution, et de maîtriser toutes les tâches accessoires. De toute façon mon contenu étant majoritairement sous forme écrite, je n'ai pas besoin d'effets spéciaux ni de tous les moyens dont disposent les vidéastes et les marchands.

Hier et toute la nuit il a neigé et au réveil les branches des arbres étaient garnies de plusieurs centimètres. J'ai ouvert une fenêtre côté rue pour prendre des photos et la sensation du froid m'a remis en mémoire des souvenirs de jeunesse à Annecy-le-Vieux, quand on faisait de la luge sur la petite route qui passait devant la maison. Même quand il faisait nuit on y voyait suffisamment car la neige éclairait et on ne se lassait pas de descendre en luge et de remonter en la traînant derrière soi. Plus il faisait froid plus on descendait loin. La neige alors était transformée en glace. On ne risquait pas d'attrapper froid! C'est la fatigue qui nous faisait rentrer, ou un appel pour dîner, le son de la cloche de vache que notre mère frappait avec une cuillère en bois.

J'ai étrenné un pull sans manche que j'ai tricoté il y a quelques années dans une laine de pays de couleur gris-beige. C'est un modèle pour homme de taille assez grande car je voulais me débarrasser de cette laine et avec le froid j'ai eu l'idée de l'essayer et à ma grande satisfaction il me va très bien, même sans pinces de poitrine, et il me tient bien plus chaud que celui que je portais avant, dont le fil était fait de laine et soie.

Je n'ai pas encore fini de mettre de l'ordre mais le progrès est tout de même visible à l'oeil nu.

Dimanche 25: Le froid est revenu, normal pour la saison. C'est la douceur qui a précédé qui était anormale mais bien agréable. Je continue à jeter par la fenêtre une dizaine de souriceaux chaque jour, parfois une femelle enceinte qui est trop lourde pour pouvoir faire le saut et s'en sortir. J'avais remarqué qu'ils se blotissaient les uns contre les autres au fond du seau. Je les trouvais ainsi, formant un petit tas, immobiles et endormis les yeux ouverts, la tête et les pattes avant levées dans une attitude de supplication qui m'a émue alors je leur ai donné une vieille chaussette en alpaga pliée en deux et ils se cachent dedans, dans le pli, bien au chaud en attendant leur sort. Pauvres bestioles. Mais trève d'attendrissement. Je découvre chaque semaine qu'ils ont envahi un endroit que je croyais bien protégé. C'est un peu comme une inondation: on surélève tout et maintenant j'ai perdu l'usage de rangements bas, et des surfaces autrefois libres sont maintenant chargées de cartons. Quand reviendront les beaux jours je ménerai des opérations d'évacuation radicales.

L'autre jour je suis allée à Bricorama au centre commercial Italie 2 car il fallait absolument que j'aie une nouvelle lunette de w.c. En cours de route, tout en marchant j'ai senti un mouvement dans mon dos. C'était une souris qui avait trouvé refuge pour la nuit entre la doublure et le tissu d'alpaga, et qui avait dû être endormie quand j'ai enfilé le manteau. Maintenant elle s'était réveillée et elle se déplaçait dans mon dos. Heureusement je portais un sac à dos et personne n'a rien vu. Je ne savais pas quoi faire. Je ne voulais pas m'arrêter en chemin, ôter mon manteau et essayer de déloger la souris. J'aurais eu froid, je ne serais pas nécessairement parvenue à mes fins et j'aurais eu l'air d'une hystérique. J'ai donc poursuivi mon chemin, acheté ma lunette de w.c. (en bambou laminé) tandis que la souris continuait à se déplacer dans mon dos, et au retour j'ai déposé dans une resourcerie presque en face du Monoprix, une dizaine de bonnets que j'avais tricotés il y a quelques années et n'étais pas parvenue à vendre. J'avais fait des essais de rayures, utilisant un système à trois couleurs qui suivaient un rythme de répétition pas évident, et je l'avais décliné dans des tonalités de couleurs différentes: bleu roi/marine/violet, café/rouille/orange, anthracite/acier/vert fluo, marine/sapin/bordeaux etc. J'étais contente de m'en débarrasser et les jeunes femmes du magasin étaient enchantées par ces bonnets, dont je leur expliquai la provenance, la composition et l'état. Je les soupçonne d'en avoir détourné quelques uns pour leur usage personnel.

Ce fut seulement dans le hall de l'immeuble où j'habite que j'ôtai enfin mon manteau et expulsai la souris, non sans mal. De retour chez moi j'ai installé la lunette. J'avais repoussé cette corvée et maintenant il fallait le faire. Cela ne fut pas aussi difficile que je m'étais imaginé car tout se vissait à la main, il n'y avait pas besoin de serrer des boulons à l'aveuglette avec une clé comme je l'avais craint. Mais il vaut mieux avoir une cuvette propre car pendant le vissage, qui peut prendre dix minutes, on a la tête juste au-dessus et on ne peut rien voir d'autre que cette cuvette! Mais le confort gagné valait la peine.

J'ai trouvé une recette de soupe à base de chou et de haricots secs: c'est la Garbure béarnaise. J'avais tout fait au pif et la seule différence entre ma soupe et la garbure, c'est que le chou de la recette est du chou vert frisé alors que celui que j'utilisais était du chou blanc qui, je trouve, a davantage de goût. Pour la viande, j'avais utilisé un jarret de porc fumé, de la poitrine fumée et quelques tranches fines coupées en carrés de jambon de Bayonne qui me restaient. La viande n'est là que pour parfumer. J'en ai mis 4,5 litres en conserve. Maintenant que je maitrise mieux le procédé, je peux me lancer dans les conserves de contenance plus importante. Un litre c'est idéal pour une soupe et j'ai commandé un pack de 6 bocaux de cette contenance.

Mes bocaux remplis il me restait encore bien cinq litres de garbure et cela m'a fait un repas sur deux toute la semaine. J'aurais pu compter sur le froid pour que ma soupe se garde d'un jour à l'autre mais j'ai préféré la porter à ébullition une fois par jour et ainsi elle s'est gardée parfaitement.

J'ai découvert que les haricots secs peuvent être fondants et délicieux si on les utilise deux ans avant leur date d'expiration. Auparavant j'avais utilisé des haricots dont la date limite était dans le passé lointain et j'avais trouvé que les peaux restaient dures. Je ne voulais pas jeter ce paquet à peine entamé retrouvé au fond du placard et je n'avais pas fait le rapprochement.

En cherchant la recette de la garbure dans un livre de cuisine, j'ai vu qu'on y met aussi du confit d'oie ou de canard avec sa graisse. Là encore j'avais eu le bon réflexe car j'avais utilisé de la graisse de canard dont j'avais plusieurs pots. C'était d'ailleurs la première fois, plusieurs années après l'achat, que je me servais de cette graisse.

J'ai aussi fait une tarte aux pommes alsacienne suivant la recette du petit recueil en deux tomes. On doit faire cuire la tarte dans un four très chaud alors j'ai mis le thermostat à 350° mais c'était trop chaud et le pourtour de la croûte a brûlé. Si, au lieu de couper les quartiers en deux on les coupait en 4 ou 6, les pommes cuiraient plus facilement et il serait inutile de pousser la température. C'est dans une deuxième phase qu'on verse le flan, composé de crême fraiche et d'oeufs. J'ai découvert après les vingt minutes réglementaires que mon flan n'avait pas cuit et que mon four était éteint. J'ai eu du mal à le rallumer. Après un excès de chaleur c'était un comble. Je me suis un peu énervée et ai brûlé plusieurs allumettes sans réussir à faire redémarrer le four. Une fois calmée j'y suis parvenue.

Je sais que la prochaine fois je ne suivrai pas cette recette à la lettre. Cette recette est transmise tout droit d'une aïeule qui cuisinait sur une cuisinière au bois ou charbon donc sans thermostat. On jugeait de la chaleur du four en mettant la main dedans et en comptant combien de secondes on pouvait la laisser avant d'être obligé de l'en sortir. J'avais récemment vu cette tarte à la vitrine d'un pâtissier et au lieu de rentrer et d'en acheter une part je me suis dit que j'allais plutôt la faire moi-même. Je ferai mieux la prochaine fois. Mais quand on y pense, ce n'est pas évident de cuire à point trois éléments disparates, la croûte, les pommes et le flan.

Toujours aucune nouvelle de mes cohéritiers. Alors si je comprends bien ils ont appliqué le partage qu'ils ont signé en mon absence et fait homologuer par le tribunal en commettant une escroquerie au jugement, et pour pouvoir se partager le produit de la vente des divers bien immobiliers sans partager avec moi ils essaient de me faire croire que les biens sont toujours dans la masse successorale, ainsi je ne réclame pas la part d'argent qui me revient. C'est pour cela que depuis des années et encore tout récemment, ils discutent de problèmes posés par ces biens: locataires qui ne paient pas, humidité dans la grande maison vide etc. Mais depuis que j'ai insisté pour avoir une copie de cet acte de partage qu'ils ont signé sans moi et fait homologuer en justice, et la preuve de propriété des 4 appartements censés appartenir à notre mère, c'est le grand silence.

Depuis le décès de l'« idole des jeunes » Johnny Hallyday en décembre dernier, il ne se passe pas un jour sans que la querelle d'héritage ne fasse les actualités. Ceci donne l'occasion aux spécialistes de rappeler qu'en droit français on ne peut pas deshériter un enfant. De nombreux amis et connaissances du chanteur prennent parti pour ses deux enfants adultes. Eddie Mitchell dit qu'en tant que parrain de Laura, il la soutient. Je ne risque pas d'être soutenue par mon propre parrain.

Lundi 26: Le sourire du mois je le dois à mon pigeon-visiteur. Depuis le temps qu'il vient me voir il connait l'appartement. Récemment il est resté sur mon épaule quand je suis allée aux toilettes et comme pour passer de cet endroit à la cuisine il faut faire un virage à 180° sur un trajet très court, c'est difficile pour un pigeon de le faire en volant. Pourtant, le pigeon s'étant perché en haut de la porte, je me suis mise à l'entrée de la cuisine pour qu'il me rejoigne, et après qu'il eût pris le temps de calculer son coup, il a fait une très belle descente en vrille. D'autres fois il a fait en volant le trajet en zig-zag qui mène de l'entrée de la salle à la cuisine. J'avais cru comprendre qu'il ne prenait son vol qu'à la vue de la cuisine parce qu'il ne conservait pas son emplacement en mémoire, et il avait besoin de la voir pour y aller. Pourtant il savait bien venir à ma fenêtre depuis n'importe quel endroit. C'était donc seulement une affaire de technique qu'il est parvenu à maîtriser peu à peu, pour négocier des virages serrés.

Mais il y a eu un progrès car samedi dernier il a volé depuis ma chambre jusqu'à la cuisine. Il n'avait pas voulu partir après son repas, je lui avais ouvert la fenêtre mais il n'avait pas quitté mon épaule. Comme j'avais du ménage à faire dans ma chambre j'y suis allée et me suis mise au travail mais mes mouvements et la proximité du mur, cela ne lui a pas plu et il s'est envolé, je l'ai vu franchir la porte et entrer dans la salle, et quand, mon travail terminé, je suis retournée à la cuisine je l'ai vu perché en haut du placard, son poste favori. Il avait donc de lui même fait le trajet et pour moi c'était un signe de progrès important et j'étais amusée et très contente.

Hier, jour de la célébration du nouvel an chinois, il faisait un froid ensoleillé et Belwazo (c'est comme ça que je l'appelle) encore une fois ne s'est pas envolé quand je lui ai ouvert la fenêtre. Je suis retournée à mon occupation précédente, qui consistait à visiter mes sites habituels sur internet, allongée sur mon lit. La bête est restée perchée sur mon épaule très calmement. Elle s'est longuement lissé les plumes, signe de confort et décontraction. Quand je me suis relevée une demie heure plus tard j'ai écarté le rideau pour regarder la rue qui ce jour-là était bruyante et pleine de badauds venus assister à la fête, et à cette vue l'oiseau s'est animé alors je lui ai ouvert la fenêtre et cette fois il s'est envolé.

Il m'impressionne énormément quand il attend le dernier moment pour rentrer dans l'appartement alors que je ferme la fenêtre. Il calcule son vol pour que ses ailes soient en haut au moment où il franchit les deux battants, alors que je ne m'attends plus du tout à ce qu'il apparaisse. Et soudain j'entends un froissement d'ailes, je vois une petite forme grise pénétrer l'espace et comme un passe-muraille il est là, perché sur mon épaule. Je n'ai pas décelé d'expression de contentement dans son comportement, encore moins sur sa face, mais je sais que c'est un jeu entre nous. Contrairement à beaucoup de gens qui essaient d'enseigner des tours à leur animal, je n'essaie pas de dresser Belwazo, seulement de trouver un moyen de nous amuser ensemble, et il a très bien compris mon intention, c'est cela qui est remarquable.

J'ai très envie de me mettre à un nouvel ouvrage, que ce soit couture, broderie ou tricot, mais j'avais besoin, pour me sentir l'esprit dans de bonnes conditions, de faire un grand nettoyage et cette entreprise de longue haleine est en bonne voie.


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