Journal de la Femme à Abattre



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Paris, juillet 2018

Dimanche 1er juillet: Ce matin je suis sortie de l'hôtel vers 8H30 avec l'intention de prendre des photos des alentours car ce n'est pas joli-joli, il n'y a que des grandes surfaces et des parkings, et la route de Paris à 4 voies. Je me suis approchée d'une haie qui avait l'air sauvage. J'ai sorti mon appareil de sa housse et quand j'ai voulu l'allumer il n'a pas fonctionné. J'ai ouvert le casier où se rangent les piles et la carte mémoire et j'ai vu que celle-ci avait disparu. Il n'y avait dans cette carte que les photos des empreintes sanglantes que j'avais trouvées dans un tiroir et sur ma table. Mauvaise surprise. J'ai mis des piles neuves il y a quelques jours et il me semble que si la carte avait disparu à ce moment je m'en serais aperçue alors quand l'a-t'on volée?

Si je n'accomplis pas tout ce que j'avais prévu avant de venir, j'aurai au moins échappé à la canicule qui s'est abattue sur la France car ma chambre est climatisée. Ce n'est pas un succès à dédaigner quand on sait la chaleur qu'il fait dans mon appart à Paris en fin de journée. J'avais demandé à l'agence immobilière Green Acres de me contacter pour organiser une visite à Limalonges, et à un particulier de me donner l'adresse exacte d'un bien à Civray et ni l'un ni l'autre n'a donné suite. Je n'aurais donc pas pu visiter ces biens mais ce n'est pas plus mal étant donné le prix des taxis et la chaleur. Attendre un bus ne serait-ce que dix minutes par 35° est une épreuve que je ne souhaite pas endurer. Aujourd'hui dimanche il n'y a pas de bus en circulation. Pour me rendre en ville je devrais prendre un taxi, encore une affaire de 50€ minimum aller-retour. Je resterai donc au frais à écrire.

C'est la première fois que j'utilise le système WiFi. Sur mon ordinateur déjà ancien je ne peux pas regarder de vidéos avec ça. Mais je pourrais peut-être écouter la radio et j'ai de la musique en mémoire.

Vendredi 6: Lundi 2 j'avais rendez-vous à la gare de Niort avec une conductrice de Blablacar. J'ai pris un pastis au bar du RV et l'ai bien apprécié. Je n'en avais pas bu depuis au moins dix ans. Elle m'a appelée sur mon portable pour me dire qu'elle était devant la pharmacie à côté et j'ai dit que j'arrivais et une minute plus tard je la rejoignais. Elle était avec une jeune fille et toutes deux allaient à Lille. Je suis montée devant et en baissant le pare-soleil je me suis vue dans la glace et j'ai remarqué quatre ou cinq longs poils noirs sur mon menton. C'était donc ça, la raison du regard perçant que m'avait jeté l'homme à Poitou-Chanvre et aussi le chauffeur de taxi qui m'avait conduite de mon hôtel à la gare quand en sortant mon sac à dos du coffre il avait remarqué cette pilosité! Après la pause-déjeuner dans une aire de repos je suis montée à l'arrière et j'ai arraché ces poils sans difficulté.

En chemin à Tours ou Poitiers nous avons embarqué un jeune homme et un homme aux cheveux blancs. Nous étions donc trois à l'arrière et il y avait déjà des caisses sur le sol de chaque côté mais malgré cela l'ambiance était détendue. Nous avons parlé de journalisme car le jeune homme allait rentrer dans une école de journalisme. La conductrice nous a parlé de son weekend sur la côte vendéenne et elle a dit qu'elle avait fait le tour de l'île à vélo, puis elle a ajouté que le vélo avait une assistance électrique, ce qui m'a fait m'exclamer d'un ton enfantin « Tricheuse! » mais par la suite je m'en suis mordu les doigts car en me sortant mon sac du coffre à la Porte d'Italie elle était très froide avec moi et je ne suis pas sûre qu'elle ait apprécié mon trait d'humour.

J'ai marché depuis le périph et suis passée par la rue Caillaux pour faire quelques courses et en début d'après-midi j'ai retrouvé mon appart. La cuvette où j'avais versé un sac de graines de tournesol était maintenant remplie de coquilles vides et il y avait des saletés sur le sol mais rien de terrifiant. Certains des récipients que j'avais remplis d'eau avant de partir étaient secs. Dans la cuisine, le seau où j'avais versé un sac de cacahuètes décortiquées contenait une douzaine de souris, une adulte et des jeunes tout juste sortis du nid. J'ai posé un plateau d'argent aux dimensions compatibles pour fermer ce seau ovale et suis descendue dans la rue, ai marché jusqu'au petit parc et ai incliné le seau sur un muret qui clôture le parc pour laisser sortir les souris. La plate bande est plantée d'arbustes qui offrent le couvert à ces bestioles et elles ont immédiatement disparu sous le feuillage, ivres de liberté après avoir été enfermées au fond du seau, à l'étroit et dans la chaleur.

J'ai retiré la plaque de carton qui bloquait la vue de la fenêtre de la cuisine et vers 18 heures mon pigeon était au rendez-vous. J'ai été soulagée qu'il ne me boude pas.

Avant-hier j'ai mis en ligne mon journal de juin et le chapitre 29 de BNNY.

Ce matin, levée à 6 heures j'ai balayé et lavé l'appartement. La canicule continue et la matinée est le meilleur moment de la journée. J'ai renoncé à mes précautions douillettes et maintenant, plusieurs fois par jour je me douche sous l'eau froide alors qu'avant j'évitais de me mouiller le thorax et le dos à cette température. Ces précautions m'obligeaient à faire des ablutions compliquées et j'en ai eu assez, j'ai préféré encaisser le jet froid et me rafraîchir complètement en cinq minutes. C'est bon pour la santé et en plus cela endurcit, ce qui est une bonne chose.

On parle beaucoup de « l'Effondrement » comme si c'était un phénomène en train de se produire et qui n'avait pas encore atteint son paroxysme mais pour moi il a commencé depuis longtemps.

J'ai essayé d'organiser un nouveau voyage pour visiter des biens immobiliers à vendre mais devant le prix pratiqué par les hostelleries de toutes sortes j'ai décidé d'attendre jusqu'à septembre. Mais alors, les biens qui m'intéressent seront-ils encore disponibles? Rien n'est moins certain. Il fallait trouver une solution alors j'ai décidé de camper au lieu d'aller à l'hotel/gite/chambre d'hôte car c'est ce qu'il y a de moins cher.

Même si je dois investir environ 150 euros en équipement ils seront vite amortis. J'ai donc placé une commande en ligne et j'ai aussi acheté deux paires de Timberland taille 41½ à des prix très avantageux.

Lundi 16: Je n'ai reçu que deux des articles commandés, le reste a été marqué comme livré mais je n'ai rien trouvé dans ma boîte aux lettres. J'ai été remboursée intégralement après avoir contacté le service client du vendeur.

La canicule a continué et ce matin je me suis levée tôt, vers 5H30, pour pouvoir m'activer avant la chaleur et quand 9H sonnent au clocher de l'église voisine, j'ai déjà terminé plusieurs tâches et j'ai un sentiment de satisfaction.

J'ai enfin terminé le poncho après avoir encore défait la bande du bas en gris, puis re-défait le rang de la fin où toutes les mailles sont rabattues. Maintenant je suis satisfaite du résultat. Je n'ai plus qu'à repasser et prendre des photos.

Depuis mon retour de Niort j'ai mené une campagne de chasse aux souris. J'ai installé deux seaux au fond desquels il y a des cacahuètes. Nombreuses sont les souris qui ne parviennent pas à en sortir et je les jette par la fenêtre côté rue. Certaines survivent indemnes à la chute de deux étages, d'autres, non. Je préfère faire cela tôt le matin, au lever du jour, avant que la ville ne se réveille. Ainsi les rescapées ont une meilleure chance de survie. Car malgré mes efforts pour les éliminer je les aime tout de même. Ce sont des bestioles intelligentes et drôles. Les jeunes se comportent comme des adultes et leur mère les laisse tranquilles.

Je ne leur donne rien à manger à part ça, mais continue à fournir de l'eau et du foin. Elles aiment grignoter le foin. Elles prennent un brin dans leurs petites mains et le portent à leur bouche. Elles aiment aussi jouer dans le bac à foin, elles se font des tunnels et jouent ensemble. Récemment j'ai ajouté une carotte fraîche au foin car j'avais remarqué qu'elles entamaient celles que je réservais à ma propre consommation.

Mais la nouvelle encore plus grande c'est la teinture végétale d'échevaux de laine, que j'ai faite ces derniers jours. Depuis le temps que je voulais le faire, je n'avais jamais trouvé la force de passer à l'acte. J'ai une facture de matières de Couleur Garance qui remonte à 2009, mais bien avant, quand j'étais jeune adolescente déjà, je voulais connaître les plantes tinctoriales, et au début de mes vingt ans, j'étais obsédée par la couleur dans l'abstrait, je n'avais pas idée à quoi l'appliquer, mais je voyais des harmonies de couleurs merveilleuses et je ne savais pas quoi faire pour assouvir cette soif visuelle. Il y a pourtant des métiers spécialisés dans la couleur.

Bref, avant de plonger un écheveau de laine dans un bain de teinture il faut déjà faire l'écheveau et le mordancer. Et bien sûr on ne va pas teindre un seul écheveau car il est plus économique d'en traiter plusieurs à la fois. J'ai donc fait plusieurs écheveaux de laine cachemire-mérinos et de laine Shetland, plus de petits écheveaux de laine très fine pour la broderie ou la dentelle.

J'ai teint avec deux végétaux: la pelure d'oignon, dont j'avais extrait la couleur il y a plusieurs années et que je gardais dans deux grandes bouteilles, et la gaude qui donne du jaune, dont j'ai d'abord extrait la couleur avant de teindre.

Je suis satisfaite du résultat. La pelure d'oignon donne une couleur identique à la matière première, c'est-à-dire un marron clair roux. La gaude donne un jaune dont l'intensité dépend de la température du bain. J'ai appris cela trop tard, j'avais déjà laissé bouillir la laine. Si j'avais conservé le bain pas plus chaud que 70° j'aurais eu un jaune vif. Mais il me reste encore la moitié de la quantité de plante brute.

Comme j'avais de l'eau de cuisson d'épinards j'y ai plongé un écheveau de fil dentelle et voyant que le jaune avait tourné un peu au vert j'y ai aussi plongé un écheveau de laine moyenne.

Quand on a de la laine mordancée d'avance, on peut très facilement expérimenter avec les végétaux qui se présentent. J'ai entendu dire que les fanes de carottes donnent une couleur et je voudrais l'essayer, ainsi que la rhubarbe.

L'avantage de faire ces opérations par temps chaud est que tout sèche très vite et on a l'occasion de se rafraîchir avec toute l'eau de rinçage.

Hier la France a gagné la Coupe du Monde de Football. Le match a eu lieu en Russie contre la Croatie. Notre héros est un noir d'une vingtaine d'années, nommé Mbapé. J'ai regardé un peu après le match, des vidéos où il est brillant. Il faut reconnaître qu'il a une énergie et un génie du jeu. Il m'a aussi semblé que cela doit être très fatigant de courir d'un côté du terrain à l'autre pendant tout un match. C'était la joie délirante dans les rues. J'ai du mal à comprendre que le public investisse autant d'émotion dans les matchs sportifs, et se sente si fier quand « on a gagné ». S'il pouvait investir autant d'émotion dans les affaires internationales où la souveraineté de notre pays est en jeu, ou dans les affaires internes où ce sont nos libertés individuelles qui sont menacées, le pays ne serait pas si mal en point. Il faudrait présenter ces affaires en termes de dualité facile à comprendre: d'un côté « nous » le peuple, contre les dirigeants ou les riches, ou « nous » les Français contre l'Union Européenne, l'OTAN ou les USA.

Vendredi 20: J'ai fini de remettre en écheveaux tout ce que j'ai teint. Je me retrouve avec trois qualités de laine teinte en deux couleurs et en fin d'opération j'ai eu un sentiment de grande satisfaction car j'avais enfin réalisé un projet qui me tenait à coeur depuis longtemps et que j'avais longtemps remis à plus tard. Le jaune a une profondeur difficile à expliquer. C'est un peu comme si la matière était translucide et que le regard pénétrait sous la surface. Cela m'a fait penser à la couleur des perles de rocaille anciennes utilisées par les Amérindiens, couleur appelée « greasy yellow » justement parce que là aussi le jaune donne à la matière une apparence translucide. Ce n'est pas un jaune vif. Ce jaune a une qualité qu'aucune teinture chimique ne peut égaler.

Quand à la couleur obtenue avec la pelure d'oignon, elle est moins spectaculaire. Le bain n'était pas assez concentré et sur les échevaux de laine de grosseur moyenne on a un brun qui fait penser au blond de la chevelure, alors que les échevaux de laine à dentelle ont beaucoup mieux absorbé la couleur qui elle fait penser au caramel.

Après un hiatus de vingt jours j'ai repris mon récit dans le chapitre 30 de BNNY. Si j'écris un peu tous les jours j'arriverai à terminer le chapitre à la fin du mois.

Mardi 31: Le mois se termine sans événement important. La chaleur a continué et j'ai passé plusieurs journées torrides en prenant au moins trois douches froides par jour, (je suis maintenant complètement endurcie et j'éprouve un grand sentiment de bien-être quand je sens l'eau froide ruisseler sur tout mon corps) et en dormant complètement nue sans drap pour me couvrir. J'ai continué à éliminer les souris et il n'y en a plus que quatre ou cinq.

J'ai continué à me renseigner sur le bâtiment ancien et comment le rénover, et sur l'investissement immobilier car il y a de nombreuses vidéos sur le sujet sur Youtube. Mais ce que je préfère regarder par dessus tout ce sont les vidéos de survie. Il y en a de deux jeunes gens, ou même un seul, dans la jungle du Cambodge je crois, qui fabriquent toutes sortes de choses avec les matériaux environnants pour se créer une petite ferme et devenir autonomes. Ils vivent tout près d'un cours d'eau dont ils utilisent non seulement l'eau mais encore les galets, gravier et sable, ils font cuire des pierres blanches dans leur four en terre et construisent un grand bassin dans lequel ils éteignent la chaux vive dont ils ont une réserve qui est à disposition, puis en mêlant cette chaux avec de l'argile et du sable ils composent un béton avec lequel ils moulent des moellons qui leur permettent d'élever les murs de leur maisonnette.

Je ne me lasse pas de voir comment ils construisent toutes sortes de choses avec les minéraux et le bambou qui pousse autour d'eux. Ils fabriquent des pièges pour attraper des poissons et des poulets sauvages. Ils en gardent certains vivants et les mettent dans un poulailler en terre avec un grillage de bambou. Leurs seuls outils sont des haches avec une lame de pierre et des pics faits avec des bâtons pointus pour creuser la terre. Ils ont fait une piscine et un bassin pour garder les poissons dont le fond est tapissé de galets et de béton de chaux, rien de plus.

Dans notre société on croit qu'on ne peut rien faire sans acheter des matériaux industriels, ainsi on a un sentiment d'impuissance surtout quand on a de faibles moyens. Ces vidéos nous montrent qu'avec des outils rudimentaires et du temps et de l'énergie on peut aménager son petit lopin de terre en identifiant dans l'environnement immédiat tous les matériaux nécessaires, et cela produit un sentiment de contrôle qui donne espoir et optimisme. Ces vidéos ont un grand succès.


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