Journal de la Femme à Abattre



[ACCUEIL] - [SOMMAIRE] - [MES PHOTOS FLICKR] - [CONTACT] - [LIENS] - [mois dernier] - [mois suivant]

Paris, juillet 2019

Lundi 1er: En revenant de courses j'ai été interpellée dans l'escalier par Mr Ung au sujet de l'achat de mon appartement. Je lui ai dit que n'ayant pas de titre de propriété je ne pouvais pas le lui vendre, et je lui ai donné l'adresse de l'étude notariale à Rouen qui s'est occupée de la succession. Maître Marc Laurent est parti à la retraite depuis. J'ai dit à Mr Ung de leur demander qu'ils me fassent un acte de mutation authentique, que je devrai bien sûr signer, pour régulariser l'inscription qui a été faite à la Publicité Foncière. J'avais tous les noms et adresses en tête et Mr Ung a été étonné que j'aie toutes ces infos disponibles sans avoir à me creuser la tête.

Jeudi 4: La canicule est retombée. Je continue à me lever vers 6 heures pour profiter de la fraîcheur et du silence. Je continue à tricoter le châle rose pâle en laine et cachemire que j'ai commencé le mois dernier.

J'ai oublié de signaler que le mois dernier j'ai reçu le remboursement (presque 700€) de mes frais de déplacement à Toulouse à l'occasion du procès d'assises de Laurent Dejean, ainsi que le remboursement par Flixbus d'un voyage non-effectué. Il a fallu que je leur prouve que je n'ai pas fait le voyage car apparemment le chauffeur n'a pas le moyen de savoir, au moment de l'embarquement, qui est à bord. Je leur ai envoyé un extrait de mon compte en banque montrant un paiement à mon supermarché habituel le jour du voyage, et pour prouver que c'était bien là que je faisais mes courses régulièrement, des extraits montrant des paiements antérieurs au même établissement. Ils ont rechigné d'une manière exaspérante et j'ai fini par leur envoyer un mail coléreux où j'ai déclaré que je ne ferais plus jamais de trajet sur leurs lignes.

Le mois dernier j'ai aussi reçu une LRAR de Carlyne Bouchon, la fille trentenaire de la victime de l'homicide, me sommant de retirer de mon site les propos à l'égard de son père qu'elle estime injurieux et diffamatoires, ainsi que la photo-selfie où il pose, l'air béat avec sa nouvelle compagne, quelques mois après l'homicide, et dont la reproduction sur mon site constitue une atteinte aux droits d'auteur. Elle est offensée que je traite son père de salaud quand je déclare sur mon journal de mars dernier, qu'il laisse un innocent être condamné à vingt ans de prison à sa place. Enfin lui, pour avoir commis un assassinat, aurait pris perpète.

Le ton autoritaire et furieux de la lettre laisse penser que cette jeune femme a été gâtée par ses parents, ce qui n'est guère surprenant chez une fille unique. Elle a pris l'habitude que ses moindres désirs soient exaucés, aussi tout ce qui va à l'encontre de ses attentes déclenche une réaction de colère, à commencer par le décès d'origine criminelle de sa mère.

Je ne blâme pas cette jeune femme. Elle est dans une situation extrêmement difficile. Le parent qui tue son conjoint laisse ses enfants orphelins. Elle n'est pas la première à qui cela arrive, et elle a la chance, dans son malheur, que cette tragédie ait eu lieu alors qu'elle avait déjà atteint l'âge adulte, alors que dans d'autres cas que j'ai connus en regardant des reportages, les enfants sont beaucoup plus jeunes.

Il y a le cas de Jean-Michel Bissonnet, qui a été condamné pour l'assassinat de son épouse après avoir clamé son innocence pendant plus de dix ans. Ses deux fils, jeunes adultes, ont pris sa défense et ont mis leur vie de côté pour se consacrer entièrement à aider leur père, et finalement il a été condamné en appel à la même peine et son avocat l'a supplié, pour épargner ses deux fils, de ne pas se pourvoir en cassattion. Alors ses deux fils ont dû se rendre à l'évidence, ce qui a entraîné un chamboulement psychologique complet et on voit bien, à la tristesse dont est empreint le visage de l'un des deux jeunes gens, la dévastation que cette réalité a causée dans sa psyché.

Dans des reportages américains j'ai vu des enfants de moins de dix ans être confiés à la garde d'oncles ou tantes suite à une telle tragédie, mais aussi en France, on a vu des femmes mariées et mères de jeunes enfants prendre un amant dans le seul but de convaincre ce dernier de tuer leur mari, comme entre autres dans le cas de Mélanie Fleury.

Mr Ung m'a interpellée dans l'escalier pour me dire qu'il « n'avait pas le droit » de contacter l'étude notariale de Rouen, et il m'a proposé de fixer un rendez-vous avec l'étude notariale de l'arrondissement. Comme je n'avais pas de quoi noter il a proposé de me déposer l'adresse de cette étude dans ma boîte aux lettres et j'ai dit d'accord.

Demain je dois aller visiter une fermette à Mornay-sur-Allier, à la limite du village en direction de Sancoins. Elle est en bordure d'une départementale, la D2076 que de nombreux poids lourds semblent emprunter. Mais c'est une départementale donc la vitesse est limitée à 80 ou 90 km/h. La maison n'est qu'à 2km de Sancoins, un village de 3.000 habitants qui a tous les commerces. Cette proximité est un bon point. J'ai rejeté plusieurs biens car ils étaient trop éloignés des commerces. Ainsi Blanzac-le Chablard était à 8km de Bellac où il fallait aller pour faire ses courses, en attendant de devenir autonome en nourriture, ce qui peut prendre un certain temps!

Jeudi 11: J'avais été avertie mardi 9, par une note en caractères gras glissée sous ma porte, que le plombier de l'immeuble allait venir, accompagné du Syndic Mr Henry, réparer une fuite d'eau importante et que les occupants des appartements à droite de l'escalier dont je fais partie, devaient livrer accès entre 08H30 et 10 heures. Je pensais qu'il s'agissait de la fuite (en fait deux fuites distinctes) que j'avais signalées lors de l'Assemblé Générale fin mai, et je ne voyais pas l'utilité de laisser entrer le plombier chez moi puisque les fuites venaient de plus haut, et comme en plus je ne voulais pas laisser entrer quiconque dans mon appartement je me suis préparée à sortir à 08H15 et avant de franchir la porte j'ai écrit un mot bref à Mr Henry lui disant que les fuites que je lui avais signalées provenaient des étages supérieurs. Je lui laissais tirer de lui même la conclusion logique qu'il était inutile que je le laisse entrer chez moi avec le plombier.

J'allais traverser la rue quand il est arrivé au volant d'un scooter. Avec son casque je ne l'aurais pas reconnu mais il m'a appelé « Madame Picart! C'est Monsieur Henry! » Il m'avait attrappée de justesse! Dix secondes plus tard il m'aurait loupée. Il m'a demandé si Mr Ung m'avait prévenue de la venue du plombier. Je lui ai dit que j'avais trouvé un message glissé sous ma porte mais, comme les fuites provenaient de plus haut, comme je le lui avais dit lors de l'A. G., ma présence était inutile. D'ailleurs je lui avais laissé sur ma porte un mot à cet effet.

Vendredi dernier j'ai donc pris un car Blablacar à la gare routière de Bercy. J'ai enfin repéré le moyen le plus rapide de m'y rendre: tout d'abord, en sortant de chez moi, prendre la rue Baudricourt et là où elle rejoint la rue de Tolbiac, il y a un arrêt de bus, au lieu de continuer sur l'avenue de Choisy. Cela économise un ou deux arrêts de bus. Puis, le pont de Tolbiac franchi, descendre à Parc de Bercy et marcher le long des quais jusqu'à la gare routière. Auparavant j'allais jusqu'à La Chambaudie, puis je prenais une correspondance avec un bus qui me déposait à la gare de Bercy deux stations plus loin, et de là je devais revenir en arrière pour traverser à pieds le Parc de Bercy, une marche qui n'était pas plus courte que la marche depuis l'arrêt Parc de Bercy. J'ai donc économisé au moins vingt minutes de trajet avec ce nouvel itinéraire. J'ai réalisé que mon attitude a beaucoup changé depuis mon premier voyage où j'étais apeurée à cause de la nouveauté de mon entreprise, j'avais peur que la marche ne me fasse trop mal aux genoux.

Le car laissait à désirer, la climatisation était à fond et très bruyante et il faisait trop froid à l'intérieur. Je me suis dit que c'était un comble s'il fallait apporter « une petite laine » seulement pour se protéger du froid de la clim. Plus tard, le chauffeur est parvenu à en réduire la puissance et le froid et le bruit sont devenus tolérables. Mais nous avancions à une allure d'escargot. Je n'avais pas réalisé que le car faisait un arrêt à Orly et une heure après le départ nous étions coincés dans les embouteillages après notre départ de l'aéroport. Ce ne fut qu'après Orléans, où le car fit un autre arrêt, que nous commençâmes à rouler à vive allure.

Je descendis à Bourges, où je devais prendre un autre car pour Sancoins, mais pour relier l'arrêt du car Blablacar à Chambre de Commerce à 11H30 au départ du Rémi n°145 à midi, il n'y avait aucun service à ce moment précis, et les bus de la ville ne passaient que toutes les heures. J'ai vite compris que j'allais rater le bus pour Sancoins et j'ai téléphoné à l'agent immobilier, Mr Henckler, pour le prévenir que j'étais coincée à Bourges et que je ne serais pas au rendez-vous de 14H. Tandis que j'étais en train de lui parler, un bus est arrivé, je suis montée dedans et il m'a déposée dans le centre ville à la station Nation. Nous arrivions à cette station quand j'ai vu mon bus pour Sancoins qui en partait, et les deux véhicules, dans des directions opposées et séparés par un carrefour, étaient arrêtés à un feu rouge.

« C'est mon car! » me suis-je exclamée. Je le ratais de justesse, ah, zut de zut!!! Le chauffeur m'a répondu d'un ton froid qu'il n'allait pas me laisser descendre hors des arrêts prévus. Le prochain départ pour Sancoins était à 17 heures et j'avais du temps à tuer et il faisait très chaud. Dans un petit parc j'ai mangé des provisions que j'avais apportées puis me suis renseignée sur l'emplacement de la gare routière et je m'y suis rendue mais le car de 17H n'allait pas s'y arrêter. J'ai trouvé la boutique Rémi juste à côté et ai pris des renseignements et des fiches horaires.

J'ai téléphoné à Mr Henckler pour lui proposer un RV après 17H mais il n'était pas libre, il ne pourrait me voir que le lendemain. Il faudrait que je passe la nuit à l'hôtel. Nous avons pris RV pour samedi à 14H à Sancoins.

Dans la boutique Rémi la température était merveilleusement fraîche et je suis restée un long moment à attendre, assise sur un banc. J'ai appelé le conducteur qui devait me prendre à Moulins pour le retour à Paris et je lui ai laissé un message indiquant le contre-temps qui m'empêcherait d'être au rendez-vous. Puis j'ai marché jusqu'au supermerché Leclerc à la recherche d'articles de toilette et si possible, un sac à dos car je m'étais aperçue trop tard que celui que j'utilisais, choisi pour sa petite taille, sorti d'un placard et inutilisé depuis longtemps, avait été par endroits rogné par les souris et sali. J'avais la honte! Mais en province ce n'était pas comme à Paris, il fallait attendre jusqu'à la mi-juillet pour que les articles scolaires soient mis en rayon. J'ai donc dû garder mon sac à dos ripou mais j'ai fait attention à ne pas le porter à dos quand j'étais dans une file d'attente par exemple, et le plus souvent je le portais par la poignée.

Le trajet de Bourges à Sancoins m'a permis de voir un paysage très plat où des champs de blé à perte de vue arrivaient à maturité. J'ai vu un tracteur solitaire dans l'immense étendue, qui fauchait. Je me suis dit que ça ne devait pas être très agréable pour l'agriculteur, de faucher des centaines d'hectares, même s'il avait la clim dans sa cabine. Le travail devait durer des jours, et c'était très monotone.

C'est dans cette région qu'un Chinois a acheté 700 hectares qu'il voulait planter en blé pour, en bout de filière, vendre des baguettes aux Chinois en Chine. Il voulait contrôler la filière sur toute la ligne pour faire le maximum de profits! Mais le fond d'investissement dont il était à la tête a fait faillite, ce qui n'est guère surprenant tellement l'idée était mauvaise. Mais ce qui est inquiétant c'est que la terre agricole puisse si facilement être vendue à des étrangers. Cela ne devrait pas être permis. Dans de nombreux pays, un étranger ne peut pas acheter de terre mais en France, pays agricole par excellence, il peut! Mais si nous vendons notre terre à blé à des étrangers, comment allons-nous nous nourrir? Il faudra importer? La souveraineté alimentaire ne vaut rien? C'est aberrant mais de plus en plus, la loi du libre échange donne lieu à des situations complètement absurdes. Si Fernand Raynaud était encore en vie, il nous en ferait rire (« Allô New York? Passez-moi le 22 à Asnières. » mais il nous a quittés.

Au cours du trajet le conducteur de Blablacar m'a appelée pour me dire qu'il était au rendez-vous. Il n'avait pas reçu mon message. Je lui ai donc répété ce que j'avais dit, exprimant mon regret de ne pas pouvoir le rencontrer car il était professeur à l'école du Costume de Scène de Moulins et je lui avais signalé, dans ma demande, être passionnée par les costumes historiques.

Arrivée à Sancoins j'ai réservé une chambre pour la nuit à l'hôtel St Joseph. Quand, au moment de voir ma chambre, je lui ai dit que je mettrais longtemps à gravir l'escalier, elle a décidé de me louer une chambre différente: c'était dans un pavillon à part, de plain pied dans la cour, réservé aux handicapés. J'étais très heureuse de pouvoir enfin m'allonger et me reposer sans avoir à monter d'escalier. Il me restait quelque chose à manger et je n'ai pas eu besoin de sortir, mais toute la nuit j'ai entendu une voix monotone qui parlait, et ce n'est que le lendemain que j'ai compris que c'était l'autre occupante du pavillon, quand je l'ai vue sortir sur sa chaise roulante, poussée par son aide. La cloison entre les deux chambres était vraiment mince!

Je suis allée à la médiathèque et j'ai pu réserver un covoiturage qui m'amène vers 16H30 de Sancoins à Moulins, où j'ai réservé une chambre à 30€ sur AirBnB.

Peu avant 14H je me suis rendue à la place Beurrière de notre rendez-vous avec l'agent immobilier. Là j'ai vu une bibliothèque libre-service où les gens se débarrassent de leurs livres. J'ai trouvé un roman policier dans la collection Marabout Junior: Bob Morane fait échec à la Main Noire. Ce titre m'a intéressée car ma sœur Agnès m'avait dit, quand j'avais six ou sept ans, que tout ce qui m'arriverait dorénavant, ce serait la faute de la Main Noire. J'ai cru comprendre qu'elle avait lu ce livre peu avant de me faire cette déclaration, et avait été inspirée par la description de l'organisation criminelle qui portait ce nom. Elle pouvait se faire un cinéma et me causer du tort, avec les encouragements de nos parents, sans que je me méfie car je ne l'avais pas prise au sérieux. En effet c'était impensable, pour moi, qu'une fille puisse délibérément s'acharner à nuire à sa propre sœur!

À la même époque, dans l'année qui a suivi notre installation à la Pastorale à Annecy-le-Vieux, elle profitait du grand terrain pour me faire des jeux de piste dont les messages étaient sous forme de rébus. Certains messages disaient « FAUSSE PISTE! »; d'autres montraient une dent et la lettre G pour DANGER. Un jour en suivant ce jeu je me suis retrouvée dans l'endroit le plus désagréable de la propriété: c'était un endroit face au salon d'environ dix mètres carrés où la terre était chamboulée et où il y avait un tronc d'arbre couché et des pierres. Le sol était inégal et on ne pouvait pas y marcher sans se tordre les chevilles. Et c'est à cet endroit que ma sœur m'avait attirée, et c'est probablement là que j'ai trouvé un de ses messages de danger ou de fausse piste. Et de temps en temps je trouvais une main noire dessinée en bas du message.

J'ai donc mis le livre dans mon sac et à ce moment Mr Henckler est arrivé. Je suis montée à bord de son auto et nous sommes arrivés en cinq minutes au bien que je voulais visiter. De gauche à droite les bâtiments, accolés les uns aux autres, allaient en grandissant. Celui de gauche, qui était bas de plafond, était à l'origine un fournil. Il avait été modernisé et transformé en cuisine. Il y avait une arrivée d'eau et un évier en inox dans le coin côté rue, une petite fenêtre donnant sur le côté, par laquelle je n'ai pas pensé à regarder. Le four à pain avait plus ou moins été condamné, et la cheminée produisait un écoulement noirâtre sur le plafond qui avait été posé sous les poutres. Le plafond était si bas qu'on ne pouvait plus mettre de plafonnier, au risque de s'y cogner la tête. Au fond une salle de bains carrelée de blanc avait été installée dans ce qui devait être à l'origine la réserve de bois. Là se trouvait un lavabo, une baignoire, un cumulus de 150 litres et un wc de type sanibroyeur.

Communicant avec la cuisine près de l'entrée, la pièce principale de la maison avec une entrée propre et une cheminée, puis une autre pièce et une pièce plus petite sans fenêtre. À côté il y avait une étable convertie en garage, puis une grange à foin, un abri pour les chèvres ou les moutons et en appentis, une petite porcherie. Les ronces envahissaient l'espace et on n'a même pas pu faire le tour de la maison. Au-dessus du fournil il y avait un grenier auquel on pouvait accéder par un escalier en pierre extérieur mais il était lui aussi atteint par les ronces qui commençaient à s'y accrocher et déjà on ne pouvait plus ouvrir la porte. Au-dessus de la partie habitation il y avait un accès au grenier mais pas d'escalier, il fallait y monter par une échelle amovible.

Un bâtiment détaché dont j'avais vu le toit sur Google Maps était situé contre la limite côté rue à quelques pas à l'ouest de la maison. C'était un bâtiment oblong avec une porte d'entrée sur le côté pignon et des fenêtres de part et d'autre. Je n'ai pu que jeter un œil par la porte entrouverte qui commençait à céder à l'envahisseur végétal. J'ai vu que la végétation s'était frayé un accès par les interstices entre les pierres, et retombait depuis le haut des murs. À l'autre bout du bâtiment le terrain semblait descendre et la présence d'un saule vigoureux m'a fait penser qu'il y avait peut-être de l'eau à cet endroit mais il était impossible d'aller voir.

De l'autre côté, impossible aussi de contourner le bâtiment. Une surface assez grande s'étendait entre la porcherie et la limite est de la parcelle, il y avait de quoi faire un joli potager. J'ai remarqué que le bruit de la circulation se faisait par à-coups car la route étant à deux voies, il était souvent impossible de dépasser les poids lourds qui empruntaient cette route. Aussi quand ils passaient devant la maison ils étaient suivis par plusieurs voitures dans les deux sens évidemment, et il y avait du bruit pendant plusieurs secondes, après quoi le silence reprenait ses droits.

J'ai été déçue de ne pas pouvoir visiter le terrain qui faisait tout de même 1,5 hectare. On ne peut pas acheter une telle surface sans visite préalable. Apparemment j'étais la première visiteuse et l'agent découvrait le bien en même temps que moi. Derrière les ronces j'avais entre-vu un hangar au toit de tôle rouillé mais c'était tout ce que j'avais pu voir du terrain. Sur le plan cadastral il est cerné à l'ouest par une forêt qui est la propriété d'un groupement forestier et je crois qu'il y a une clôture entre les deux parcelles, ce qui est important pour empêcher le gibier de venir sur le terrain. Au fond du terrain il y a une grande langue de terre nue et à côté une surface boisée qui fait partie d'un terrain où se trouve une habitation donnant sur la route du bois Gabard. Puis à l'est du terrain se trouve une plantation forestière et en bordure de la départementale la parcelle habitée par un retraité, aux dires de l'agent immo, et parsemée d'épaves diverses.

Mr Henckler m'a raccompagnée à Sancoins. De là j'ai fait le trajet Sancoins-Moulins avec un jeune Blablacar très aimable qui m'a déposée devant l'adresse de la chambre où j'allais passer la nuit, au 86 rue de Bourgogne. L'hôtesse est arrivée rapidement et m'a fait entrer. La chambre était en haut d'un escalier très raide qui était à la limite de l'échelle. Mais comme je l'ai dit à l'hôtesse, j'ai réalisé trop tard que la chambre était au premier, j'avais déjà fait la réservation, car ce qui comptait le plus pour moi c'était de ne pas payer trop cher car j'avais eu des frais imprévus.

Comme dans ma réservation je lui avais écrit que j'étais de passage car je cherchais à acheter une fermette dans le secteur, elle m'a confié qu'elle avait acheté et fait rénover cette maison comme investissement et qu'elle la louait à des étudiants pendant l'année scolaire et à des gens de passage sur AirBnB pendant les vacances.

J'ai pu constater ce que les agents immobiliers classent dans la catégorie « investissement »: il s'agit d'habitations qui présentent des inconvénients structurels et dans lesquels l'acheteur ne souhaiterait pas vivre, mais qui peuvent être loués à des gens de moyens modestes comme les étudiants ou les travailleurs saisonniers. Ainsi la salle d'eau n'existait pas à l'origine et elle avait été installée sous l'escalier directement en face de la porte d'entrée, et le wc lui aussi, qui donnait sur la cuisine-salle à manger, était encore plus près du bas de l'escalier. Il n'y avait pas de ventilation naturelle de la salle d'eau, à part la porte qu'il fallait laisser ouverte.

Le sol carrelé fantaisie de la salle de séjour était, avec la cheminée, les seuls éléments d'origine. Tout le reste avait été remodelé et installé neuf, y compris les moulures décoratives dont était revêtue la poutre qui traversait la salle et le plafond plutôt bas de la chambre à coucher du premier étage; une moulure de forme circulaire assez fantastique qui offrait un intérêt visuel dans une pièce autrement sans charme particulier, mais les meubles de chevet étaient en bois de style 1930 assez sympa et il y avait un bureau avec une chaise capitonnée style « gamer » pour pouvoir passer du temps à l'ordinateur.

J'ai pris une douche froide bien que l'eau chaude ait été disponible, et me suis reposée sur un fauteuil pendant une heure environ, puis je suis sortie pour dîner. À faible distance de la maison j'ai vu le signe du Routard qui indiquait un établissement recommandé. Je suis rentrée. C'était un foyer d'accueil et une vingtaine d'Africains vêtus de shorts, T-shirts et sandales de sport était en train de discuter et se distraire. Au bureau d'accueil sur la gauche j'ai demandé à la jeune femme si l'établissement était ouvert au public. Elle m'a dit que oui. Le dîner était servi de 19 à 20 heures. À côté d'elle était assis un jeune Africain qui travaillait à un ordinateur. J'ai demandé à la jeune femme quel était le prix du dîner. Il y avait un menu à 7€ et un menu à 8,50€. Je lui ai demandé si les Africains étaient des réfugiés. Elle ne m'a pas donné de réponse claire comme si la question la dérangeait, peut-être avait-elle peur que je sois indignée que des étrangers soient si bien traités alors que tant de Français souffraient de pénurie.

J'ai poursuivi ma marche le long de la rue de Bourgogne dont j'ai pu observer les maisons avec des motifs en briques de couleurs différentes, du colombage, des maisons vraiment anciennes dont certaines avaient une allée étroite sur le côté qui menait à un jardinet, et suis arrivée au carrefour de l'Allier. Apparemment la rivière coulait sous un espace oblong au sol nu qui aurait pu servir de terrain de pétanque, et de chaque côté il y avait des arbres, des pelouses et des bancs. D'autres rues arrivaient à cet endroit et de l'autre côté il semblait que les vieux quartiers commençaient et un bar/cyber-café a attiré mon attention car je n'avais pas emporté mon ordi et j'avais besoin de réserver mon retour. J'ai trouvé un trajet avec Blablacar le lendemain vers 18h et j'ai réservé sous condition d'acceptation du conducteur, et entre temps j'ai regardé les tarifs et horaires sncf et j'ai trouvé un trajet au même prix (26€) qui partait à 12H40 alors j'ai annulé ma demande sur Blablacar. Mais je n'ai pas pu réserver de place car j'avais oublié mon mot de passe sur ma messagerie Orange. De toute façon je connaissais l'horaire et le tarif et c'était suffisant.

J'ai donc dîné au self du foyer. Tout était d'une propreté impeccable. Puis je suis rentrée vers ma chambre. Je n'ai pas allumé la télé dont l'écran géant cachait la cheminée et j'ai commencé à lire les aventures de Bob Morane et j'ai tout de suite été captivée, alors que le livre de Zola était tellement rébarbatif. Je suis re-sortie sans ma canne et j'ai marché à la recherche de la gare. Si j'avais été plus aventureuse j'aurais suivi la voie de chemin de fer qui croisait la rue de Bourgogne à une cinquantaine de mètres, car on ne pouvait sûrement pas faire plus court, mais j'ai préféré marcher dans la ville. Les guichets étaient fermés et j'ai passé quelque temps dans le jardin public puis, me fiant à mon sens de l'orientation, je suis rentrée au bercail.


Moulins, vue de ma chambre
Dans l'annuaire j'ai trouvé un taxi que j'ai appelé pour réserver le trajet vers la gare le lendemain matin. À 22H30 j'ai appelé mon hôtesse pour lui demander comment lui rendre les clefs de la maison. Elle m'a dit de les déposer dans la boîte aux lettres. Je n'ai pas bien dormi car il faisait très chaud et si j'ouvrais la fenêtre le bruit de la rue et la lumière du lampadaire envahissaient la pièce mais je me suis levée à 6 heures et j'ai fini la nuit assise sur un fauteuil avec les pieds reposant sur la table basse.

J'étais à l'ouverture du guichet à 9 heures et j'ai pu attendre le train dans la grande salle climatisée dont pourtant l'accès était barré par un obstacle quelconque, mais étant donné la canicule le personnel a toléré la présence du public dans cette salle. Un jeune homme avec un sac à dos a carrément dormi, allongé à même le sol entre deux potiches car certainement il n'avait pas les moyens de se payer un abri pour la nuit.

Le voyage s'est déroulé sans problème: d'abord j'étais à reculons jusqu'à Nevers, ensuite le train est parti dans l'autre sens et a fait un virage à 90° vers Bourges. Le trajet était plus long que le direct Nevers-Paris, il passait par Vierzon où il y avait une correspondance, mais je n'était pas à deux heures près pour économiser dix euros sinon plus. J'ai pu observer les voyageurs, les femmes dans des robes longues flottantes aux imprimés charmants, les hommes en shorts exposant leurs jambes plus ou moins velues, les coiffures, les chapeaux, les sandales ou les chaussures de marche, tout m'intéressait et l'ambiance était bonne car c'était un jour de départ en vacances. J'ai eu l'agréable surprise de voir qu'en été au moins, les femmes s'habillent de robes féminines alors que le reste de l'année la plupart porte des jeans horribles, avec des déchirures effilochées. Les jeunes gens portent depuis quelques années, les cheveux courts sur les côtés, et longs sur le reste du cuir chevelu de manière à pouvoir se faire une courte queue de cheval au sommet du crâne ou même un chignon bâclé pour les plus audacieux.

Lundi 22: Depuis mon retour j'ai continué le châle que j'avais commencé mais après avoir fait 18 rangs de bordure je me suis rendu compte que mon compte de mailles était trop petit ou trop grand sur deux côtés et que la laine ne convenait pas à l'ouvrage. Elle était beaucoup trop lourde, il fallait vraiment de la laine Shetland. De plus la méthode circulaire devenait vite trop encombrante. Je préférais la méthode à l'ancienne où chaque côté de la bordure était tricoté séparément, ainsi en cas d'erreur il était facile de la corriger. Moi qui voulais utiliser cette laine pour diminuer mon stock, je n'ai pas trouvé l'ouvrage adéquat. J'aimerais bien tricoter un châle de style Shetland mais il faudrait que j'achète la laine, ce qui n'est pas ce que je souhaite.

J'ai encore débarrassé mon appartement d'objets inutiles et encombrants et maintenant il est plus facile de balayer et laver le sol, et je ressens dans ma tête un allègement comparable.

J'avais acheté une paire de chaussures de marche et une montre en solde sur Amazon, le tout pour environ 70€ mais les chaussures étaient de la mauvaise pointure et la montre ne me plaisait pas vraiment. J'ai donc demandé le retour et suis contente de ne pas m'être encombrée de davantage d'objets. Mais il faudra que je fasse réparer ma montre d'homme à cadran noir dont le bouton est cassé. Elle marche bien, elle est facile à lire et je l'ai depuis plus de vingt ans.

Mr Ung a déposé dans ma boîte aux lettres l'adresse du notaire en question.

Jeudi 25: La France traverse une période de canicule. Je prends plusieurs douches froides dans la journée. Hier j'ai dû en prendre six, environ une toutes les deux heures, et même en pleine nuit j'en ai pris une, ce qui m'a permis de me rendormir confortablement.

Le département de la Creuse semble être le plus affecté, et le seul qui apparait indemne de la calamité, c'est le Finistère qui reste en vert sur les cartes de météo, alors que partout ailleurs la France est rouge foncé, orange ou jaune.

La chaleur produit des incidents inattendus. Des champs de blé prennent feu. Les éleveurs sont dans l'angoisse car l'eau pour abreuver leur bétail se fait rare. Le métier d'agriculteur est sujet à ces aléas, au cas où on aurait oublié. Et avec le dérèglement climatique ce métier est affecté d'encore davantage d'incertitude.

L'Assemblée Nationale a approuvé le traité de libre échange commercial avec le Canada, le CETA, malgré l'opposition farouche de tous ceux qui se soucient de l'équilire écologique et économique de la France. On dirait qu'ils sont tous vendus aux lobbies. Comment peut-on après cela nous enquiquiner en nous demandant de faire des efforts pour préserver l'environnement? Trier nos déchets par exemple? Isoler nos logements pour économiser le chauffage? Tous les efforts du peuple sont réduits à néant par ce traité qui va augmenter la combustion d'hydrocarbures de façon marquée.

Le pire c'est la gifle que les députés ont infligée au peuple en invitant une jeune fille de seize ans, Greta Thunberg, qui s'est fait connaître depuis son intervention aux Nations Unies en tant que militante pour le droit des jeunes générations à une planète vivable. Même si je pense qu'elle est manipulée, elle a tout de même raison de rappeler à ceux qui ont le pouvoir l'existence des jeunes qui n'ont pas encore le droit de vote.

Donc cette jeune fille a été invitée à délivrer son message à l'Assemblée, laissant croire au peuple jusqu'au dernier moment que la décision de ratifier ou non le traité CETA pouvait être influencée par ce discours de dernière minute. Mais ce n'était que pour nous laisser espérer en vain car en pleine canicule qui nous rappelle de façon concrète la possible réalité du dérèglement climatique, les députés ont dans la foulée agi dans le sens opposé en ratifiant le traité.

J'ai repris la rédaction de BNNY, suis en train de finir le chapitre 39 et si je ne le mets pas en ligne en même temps que ce journal de juillet, je le ferai quelques jours plus tard.

Mr Henry a tenu parole et a fait cesser les fuites, d'abord celle qui inflitrait le plafond de la salle d'eau, puis celle qui ruisselait le long du tuyau d'arrivée d'eau.

Mercredi 31: Mr Ung m'a interpellée dans l'entrée de l'immeuble alors que j'allais faire des courses. Il m'a demandé si j'avais trouvé dans ma boîte aux lettres l'enveloppe où il avait écrit les coordonnées du notaire dans le quartier, qui allait, selon lui, s'occuper de la vente de mon appartement. Je lui ai répondu par l'affirmative, et j'ai ajouté d'un ton ferme que je voulais avoir mon propre notaire; que j'aimerais bien lui vendre mon appartement parce que j'avais besoin de l'argent mais que je ne pouvais pas parce que je n'en étais pas légalement propriétaire, et que quelqu'un avait fait quelque chose d'illégal. L'échange s'est déroulé très poliment.


[ACCUEIL] - [SOMMAIRE] - [MES PHOTOS FLICKR] - [CONTACT] - [LIENS] - [mois dernier] - [mois suivant]