Journal de la Femme à Abattre



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Paris, décembre 2019

Vendredi 6: Mercredi 4 j'ai posté en Lettre Suivie une double demande de Certificat d'Urbanisme à la mairie de Varennes-sur-Allier afin d'avoir ou non le feu vert pour mon projet. Le terrain et la ruine qui s'y trouve est en zone Nh, c'est-à-dire Naturelle non constructible sauf pour la réhabilitation de bâti existant et, depuis un amendement plus récent, la construction d'annexes détachées du bâti principal.

Contigüe à ces parcelles, en bordure de la voie rurale se trouve une longue bâtisse en bien meilleur état mais attaquée d'un côté par un lierre vigoureux, appartenant à quequ'un d'autre, avec une petite parcelle attenante d'environ 600m². J'ai donc fait une demande pour ces deux biens.

Je suis allée à la poste après avoir acheté de grandes enveloppes car la liasse comportant quatre exemplaires de deux demandes était assez volumineuse. J'ai préparé mon envoi , ainsi que la ré-expédition d'un lot de laines que j'avais envoyé à la mauvaise adresse. J'ai affranchi les deux envois puis me suis placée dans la file d'attente mais une jeune femme qui se tenait à l'écart tout ce temps s'est placée juste devant moi. Je n'avais qu'à déposer mes deux plis, cela aurait pu se passer très vite si je n'avais pas dû attendre.

La femme qui me précédait avait un problème épineux de banque en ligne qu'elle a exposé à celui que j'ai appelé il y a longtemps le sadique, faute de connaître son nom. Il est un des seuls avec de l'ancienneté qui ait conservé son emploi. Tous les autres sont des jeunes. Le personnel a été remplacé par des automates. Il faut se familiariser avec leur fonctionnement avant d'obtenir le service désiré, on n'a plus la facilité de formuler nos besoins à un être humain. Chaque fois que j'ai été victime de harcèlement dans ce bureau de poste il était impliqué. Maintenant il répétait à la jeune femme que ce bureau de poste n'était pas compétent pour traiter les problèmes de banque en ligne mais malgré tout elle continuait à parler et cela a duré tellement longtemps que j'étais à bout de patience.

Normalement il y a un second employé muni d'un smartphone qui visite les clients qui font la queue pour raccourcir leur attente s'il s'agit juste de retirer une lettre recommandée ou quelque chose de simple, mais là il n'y avait personne et il fallait attendre son tour. Finalement un jeune homme est sorti de l'arrière boutique et je lui ai remis mes deux envois, puis réalisant que je n'avais pas pris le reçu du colissimo avec le n° de suivi je lui ai demandé de me l'écrire. Cela a pris un temps anormalement long. J'ai jeté un coup d'oeil pour voir pourquoi. Il était en train d'écrire les deux n°s. Je lui avais pourtant demandé seulement celui du colissimo. J'étais à bout de nerfs.

J'ai vérifié l'état de mes envois en ligne. Le colissimo était bien en transit mais 28 heures après mon dépôt, la Lettre Suivie n'avait toujours pas quitté le bureau de poste. J'ai formulé une réclamation en ligne.

Ces jours derniers je me suis intéressée à nouveau à la fabrication de mocassins américains. Cet intérêt a suivi l'inconfort que j'éprouve avec mes sabots en plastique blanc. Ils sont froids mais à part ça ils sont confortables. Le froid s'est installé mais il n'a pas encore gelé. Cependant quand on se lève dans un appartement non chauffé on se dépêche de s'habiller.

J'ai beaucoup de réparations de tricot à faire, et en plus j'ai coupé la manche gauche de mon manteau car je l'avais déchirée et maintenant je dois couper une nouvelle manche dans un tissu qu'heureusement j'ai en réserve, et je me fiche bien de ce que la matière et la couleur ne soient pas parfaitement identiques. C'est en levant le bras pour endosser mon sac à dos que la manche s'est déchirée sous le bras car le corps du vêtement est coupé d'une seule pièce avec la manche, et assez loin du corps.

J'ai aussi les réparations des murs de l'entrée et de la salle d'eau à faire avant de poser un rideau coupe-vent et des étagères. Mais ce travail ne me plait guère pourtant il faut le faire car ma pièce de vie est encombrée de caisses temporaires pleines de livres et d'articles de cuisine, et les courants d'air entrent par la salle d'eau et la porte d'entrée.

Je me suis aperçue que si je reste assise trop longtemps j'ai très mal quand je me remets debout. Une heure maximum.

Dimanche 15: Ma lettre suivie au service cadastral de la mairie de Varennes/Allier est restée à la poste pendant trois jours. J'ai envoyé un email de réclamation à la Poste. Finalement la lettre a été marquée comme livrée le 10 mais ce fut peine perdue de toute façon car jeudi dernier la femme du service cadastral m'a appelée pour m'annoncer que le bien qui m'intéressait avait été vendu le jour même, et elle voulait savoir si je voulais toujours avoir les deux certificats d'urbanisme. Bien sûr je n'en avais plus besoin! Je lui ai demandé comment elle savait que le bien avait été vendu le jour même, et elle m'a répondu qu'elle a des canaux d'information qui la tiennent au courant de ce qui se passe. Aucun bien n'est jamais parfait et j'avais quelques hésitations au sujet de celui-ci. Mais j'ai eu le tort de demander les C.U. car cela m'a fait perdre du temps. Connaissant la désignation du bien en Nh j'aurais dû m'en contenter et ne pas attendre la réponse de la mairie qui a trois mois pour statuer. Ceux qui conseillent de ne pas acheter de terrain sans avoir le CU ne disent pas qu'on peut voir le bien nous passer sous le nez quand quelqu'un l'achète pendant qu'on attend. Évidemment le meilleur moyen de retenir un bien est de faire une offre ferme, peut-être avec une condition suspensive d'obtention du CU. Voilà, c'est ça qu'il faut faire quand on a un doute sur la nature cadastrale du terrain.

La semaine passée j'ai fait plusieurs réparations: j'ai changé l'interrupteur d'une lampe, gratté toute la peinture écaillée et le plâtre décollé dans l'entrée. J'avais placé un métrage de nappe en plastique sur le sol pour recueillir les gravats et me suis servie d'une spatule à long manche assez robuste, faite pour le barbecue.

Ceci fait j'ai pu suspendre le bloc d'étagères dont j'ai déjà parlé, pour y ranger des tas de trucs qui traînent. Auparavant il était à même le sol et les souris y avaient accès libre. Je voulais donc mettre mes affaires hors de portée des rongeurs, en le suspendant suffisamment haut pour qu'ils ne puissent y accéder. J'ai donc ouvert le colis contenant une perceuse à percussion de qualité professionnelle, que j'avais achetée en 2017. J'ai dû me renseigner sur internet pour savoir comment m'en servir, et comment faire en sorte que la vis, la cheville et le foret soient tous compatibles avec les trous que le meuble présente. Sans que personne ne me dise comment je devais faire, j'ai compris que je devais d'abord mesurer le diamètre des trous du meuble, faire les trous dans le mur et mettre les chevilles et seulement à la fin, mettre en place le meuble et visser les vis.

Tout s'est passé à peu près bien. Le premier trou a été facile mais pas le deuxième, qui n'est pas allé assez profond. Je perçais un mur porteur. La première cheville est bien rentrée mais la seconde était de travers, j'ai dû l'arracher en en mettre une autre qui est allée de travers aussi. J'ai pu poser le bloc d'étagères sur un support à la bonne hauteur, cinquante centimètres au-dessus du sol, pour pouvoir visser les vis en place mais les deux trous des pattes en acier fixées au meuble étant seulement un centimètre au-dessus de la surface supérieure, je n'ai pas pu me servir de ma visseuse qui pourtant m'aurait bien servie à ce moment, et j'ai dû visser à la main. La deuxième vis n'est pas bien rentrée, et par conséquent je n'ose pas charger le meuble de ce côté, craignant de voir la vis sortir du mur.

Je ne me suis mise à l'installation de ce meuble qu'après la livraison d'une commande chez Amazon, aussi je guettais le livreur sur la page qui est constamment mise à jour pour savoir où il en était avec ses livraisons. Quand j'ai ouvert la page il avait encore six clients à livrer avant moi. J'ai vu qu'il faisait un trajet complètement absurde, passant plusieurs fois du carrefour Choisy/Baudricourt à la place de Vénétie. Finalement il n'y avait plus personne à livrer avant moi et je suis allée dans l'entrée et ai commencé à sortir la perceuse et la brancher quand le livreur a frappé à ma porte. C'était un grand jeune homme noir. Il m'a dit qu'il avait une livraison pour quelqu'un et m'a demandé si j'accepterais de la prendre. Je lui ai dit que j'attendais moi-même une livraison. Je lui ai donné mon nom. Il a regardé l'étiquette et m'a dit que le paquet était pour moi. Il avait donc joué un jeu pour m'exaspérer pendant tout le temps que je suivais son trajet en ligne, et même au moment de me remettre le paquet il s'est encore foutu de moi en me disant que le paquet était pour quelqu'un d'autre et me demandant si je voulais bien le prendre en attente pour rendre service. Quelqu'un observe mes moindres faits et gestes et sème mon parcours d'embûches dans le seul but de m'agacer, et ceci depuis toujours. Ma mère est peut-être morte mais elle a transmis sa perversité à ses enfants et ils ont pris la relève avec enthousiasme apparemment. Mais s'ils passent toute leur vie à m'observer, que font-ils de leur vie? Car cela doit leur prendre un temps fou.

Ayant installé mon bloc d'étagères j'ai enfin pu débarrasser l'appartement, surtout la cuisine, d'un certain nombre d'objets qui n'avaient pas de place de rangement. À cause des souris j'ai dû repenser mon système de rangement de A à Z.

Hier j'ai débarrassé une étagère de trois classeurs qui contenaient des impressions d'albums de crochet irlandais, imprimées à partir d'un CD. J'ai mis les trois classeurs et le CD dans une poche en plastique et suis allée déposer le tout, assez pesant, à la recyclerie de l'avenue d'Italie qui était malheureusement encore fermée, elle n'ouvrait qu'à 13H30. J'ai donc déposé mon paquet dans le bac à livres et ai commencé à regarder les quelques livres qui y étaient. Aussitôt un homme est arrivé et il m'a adressé la parole. Je lui ai demandé s'il connaissait l'auteur des deux livres (j'ai oublié son nom). Un des titres était "Enfant", l'autre "Étudiant". Il m'a dit que ce dernier concernait un jeune homme qui se rendait compte que ses diplômes ne lui servaient à rien et qu'il avait pris un emploi au-dessous de ses qualifications. Il a décrit une situation qui ressemblait à la mienne quand j'avais dix-huit ans alors j'ai dit: « Comme moi! » J'ai vu rapidement que l'homme avait les dents de devant pourries. Pourtant il me disait qu'il avait fait des études supérieurs, qu'il était agrégé de je ne sais quoi, qu'il avait été professeur d'université, mais qu'il s'était reconverti dans la conduite de trains. Ceci a fait sonner une alarme car la veille j'avais regardé des vidéos filmées depuis la cabine du conducteur, sur le trajet Brive-la-Gaillarde-Aurillac, trajet très pittoresque d'ailleurs. Le type a continué à me raconter des sornettes. Il parlait très vite et je ne pouvais pas en placer une. Il m'a dit que les étudiants de nos jours sont nuls, qu'ils n'ont aucune culture, qu'il avait posé des questions-pièges à des étudiants de première année et qu'ils avaient tous raté. La première question était au sujet de « Sept et trois font onze ». La deuxième était de savoir si l'eau était mouillée ou pas.

À ce moment je l'ai interrompu et je lui ai dit « Excusez-moi mais je dois partir, je suis attendue quelque part. » Et je l'ai laissé planté là. J'ai brièvement vu l'étonnement sur son visage.

J'ai reçu le colis d'une canadienne beige clair en peau lainée achetée 29 euros sur ebay. Mon intention est de faire des pantoufles fourrées avec la peau mais je n'ai pas encore réglé tous les problèmes de construction. J'ai pensé à utiliser des semelles de bois sur lesquelles l'empeigne en peau serait clouée, mais je pense aussi à fixer l'empeigne sur une semelle d'espadrille. Les semelles en bois étaient beaucoup utilisées jusqu'à la deuxième Guerre et même pendant. Elles le sont toujours par la marque Scholl pour ses sandales orthopédiques qui massent la plante des pieds, une marque de sabots danoise et une hollandaise, pour lesquelles ce type de chaussure est toujours utilisé pour les propriétés isolantes du bois dans ces pays froids et humides, et par quelques marques de chaussures à la mode, avec des talons hauts très gros pour faire sexy, et des clous à grosse tête en bronze ou en laiton scintillant pour fixer l'empeigne.

Dans les années 70 ce qu'on appelait des sabots, avec une semelle en bois et une empeigne en cuir, étaient très en vogue chez les gens de type hippie car ils étaient bon marché et allaient bien avec les jeans.

Mardi 24: Je suis sortie le dimanche 15 après avoir écrit l'entrée ci-dessus dans mon journal. Juste au coin de la rue Charles Bertheau (piétonne) un militaire en tenue de combat était posté, mitrailleuse au poing le canon pointé vers le bas. Il portait une tenue de camouflage à imprimé numérique où les arrondis sont remplacés par de gros pixels. Je fus très choquée de voir un militaire prêt au combat en pleine ville. Je n'avais entendu parler d'aucune mesure spéciale dans les actualités. Je me suis approchée et lui ai demandé la raison de sa présence. C'était un homme d'à peine la trentaine, le teint basané, portant un grand béret aplati comme une crèpe sur le haut du crâne. Il m'a répondu avec une douceur qui m'a étonnée. « Ne vous inquiétez pas. Il n'y a pas de quoi se faire du souci. » Je lui ai demandé si sa présence avait à voir avec l'opération Vigipirate. Il m'a dit que oui, c'était bien ça. Je me suis retournée pour partir et j'ai vu qu'il y avait un autre militaire dans la même tenue. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'un de ces hommes pourrait me tirer une rafale dans le dos. Je suis allée faire des courses d'alimentation et quand je suis revenue une heure plus tard les deux soldats avaient disparu.

Le lendemain je suis allée au supermarché Géant Casino. Au moment où j'arrivais au rayon Boulangerie un employé avec un chariot roulant était affairé à remplir les rayons. Il était penché en avant et au moment où je suis passée derrière lui pour accéder au pain qui m'intéressait il a levé une jambe par derrière et m'a donné un coup de pied. Je me suis tournée vers lui. Il a fait comme si rien ne s'était passé. « Surtout ne vous excusez pas! » lui ai-je dit, un peu en colère. Il ne m'a pas regardée et a continué son travail comme s'il n'avait rien entendu.

La semaine a été sans autre accroc. Le samedi 21 je suis allée chercher un objet acheté sur Le Bon Coin, livré en point Relais au Kremlin Bicêtre. Cela fut pour moi l'occasion de constater que, contrairement à ce que je croyais, ce transporteur acceptait les emballages souples. J'avais cru à tort qu'il n'acceptait que les colis en boîtes de carton car sur la page du site, quand on veut faire un envoi, il est précisé les dimensions maximales des colis et à ma connaissance il n'est dit nulle part que les enveloppes sont acceptées. C'était un bonne nouvelle. J'avais récemment payé des frais de Colissimo pour des objets de faible valeur, de pelotes de laine vendues sur ebay. Mondial Relay est beaucoup moins cher.

J'avais apporté ma petite valise à roulettes mais le manteau n'était pas aussi volumineux que je m'attendais. Pas étonnant car une fois le colis ouvert j'ai vu que le daim n'était pas véritable, la fourrure non plus, tout était en synthétique. Je m'étais fait avoir mais je n'avais payé que dix euros et j'ai décidé de ne pas en faire un histoire. Cependant j'ai dit au vendeur que j'étais très déçue de la supercherie et lui ai mis une évaluation d'une seule étoile.

J'ai renoué avec mon intérêt pour la broderie de perles, le tissage de perles et toutes les techniques mettant en oeuvre les perles de rocaille. Je suis consciente que mes intérêts sont très fluctuants. En novembre je voulais faire de la taille au couteau sur du bois vert, mais quand je porte mon intérêt sur un objet différent c'est souvent parce qu'il manque un ingrédient de base. Ainsi je n'ai pas pu me procurer de bois vert comme j'espérais le faire durant mon séjour à la ferme fromagère près de Vire. J'ai essayé de savoir si de l'élagage allait avoir lieu dans le secteur mais apparemment non. Je n'ai donc pas accès au bois dont j'ai besoin à moins de contrevenir à la loi.

J'ai constaté sur les statistiques de mon site que ces deux dernières semaines le dossier consacré à Tracy Beatty a été consulté environ 450 fois par semaine alors qu'en temps ordinaire la fréquence des visites est de l'ordre de vingt à soixante par semaine. J'ai pensé que cette poussée était sans doute due au fait que la date d'exécution de Tracy avait été fixée, et j'avais raison: elle a été fixée au 20 mars 2020. C'est pourquoi je pense nécessaire de terminer l'analyse de son cas que j'avais abrégée en disant que c'était par respect pour sa vie privée, afin que le lecteurs soient au courant de mon impression que Tracy a été manipulé pour agresser sa mère et pour croire qu'il l'avait tuée par mégarde.

Samedi 28: J'ai maintenant terminé la mise à jour de mon analyse du cas de Tracy Beatty. Heureusement j'ai bonne mémoire et n'ai pas eu besoin de relire les documents.

Il m'arrive de temps en temps de faire une recherche sur Youtube avec le nom d'un musicien que j'ai connu pour prendre des nouvelles. Ce fut en voyant « R.I.P. » dans un commentaire sur Youtube que j'ai appris avec plus d'un an de retard le décès de Jerry Gonzalez à l'âge de 69 ans.

Il est décédé en octobre 2018 à Madrid en Espagne, où il s'était établi depuis une dizaine d'années. Comme dans les années 1980 il était ami avec Carlos Patato Valdez j'ai eu l'occasion de le voir en maintes occasions. C'est lui qui était venu le chercher quand Carlos était parti de chez moi, quand je vivais à l'hôtel Belleclaire à New York. Je ne n'avais jamais vu Jerry prendre de la cocaïne ni fumer un joint. Certains musiciens ne touchaient pas à la drogue mais parmi les amis de Carlos ils étaient rares. Je me souviens d'un jour où j'étais allée seule assister à un concert dans un club, et Jerry était arrivé en milieu de soirée. Je lui avais offert un diablito, un joint d'herbe pure saupoudré de cocaïne, et il avait refusé cette friandise. Aussi quel n'a été mon étonnement de lire dans l'avis de décès du journal local de Madrid (en espagnol évidemment), que Jerry depuis de nombreuses années « se battait contre une addiction à la drogue ». La nature de la substance n'est pas précisée mais ce genre d'euphémisme est rarement utilisé pour les drogues douces, c'est pourquoi j'ai tendance à croire qu'il s'agissait d'héroïne car Jerry était au lit à minuit, à l'heure où s'est déclaré l'incendie, ce qui est hautement inhabituel chez un musicien de jazz. Il est mort d'inhalation de fumée. Il a été transporté à l'hôpital en arrêt cardiaque et est décédé quelques heures plus tard.

C'est pourtant difficile de croire que Jerry était accro à quoi que ce soit, sinon à la musique, étant donné l'ampleur impressionnante de son oeuvre et la passion qui le motivait.

Après avoir regardé bon nombre de vidéos sur l'Auvergne, j'ai fini par faire le rapprochement avec les « Rencontres d'Aubrac », un festival littéraire annuel auquel ma sœur Agnès, dans son c.v. ou ailleurs, disait avoir participé. Par curiosité j'ai tapé le nom du festival dans Youtube et bang! Il en est ressorti une vidéo du festival de 2016 et dès le début on nous annonce le programme. Il commençait par deux conférences dans la matinée, entrecoupées par des interventions ponctuelles où ma sœur lirait des textes poétiques de sa composition. Le thème cette année-là était le Paradis. Les deux conférenciers ont donc dûment fait leur conférence mais je n'avais pas envie d'écouter, (cependant, elles valent la peine qu'on les écoute)j'ai défilé jusqu'à ce que je reconnaisse ma sœur. Elle est entrée en scène après la première conférence, en portant un chevalet sur lequel elle a posé son texte.

Introduite à 1h 36 minutes par le maître de cérémonies, elle a toussé bruyamment dans le micro puis elle s'est excusée et a ajouté qu'elle était « victime » d'extinctions de voix (je crois), comme si cela intéressait quiconque. Elle a dit que son texte prenait le contre-pied de ce qui et généralement admis, puis elle a lu son texte sur un ton un peu chantant. C'était au sujet de la civilisation préhistorique, quand l'espèce humaine survivait de cueillette et de chasse, elle a cité plusieurs sites archéologiques en Allemagne ou en Autriche, cela faisait très érudit, elle semblait aimer les listes car elle en a donné plusieurs: outre les listes de villes au noms germaniques (citée deu fois), elle a donné des listes de fruits sauvages, de racines comestibles, de poissons... répétant comme un refrain « Il n'y avait pas de jardin » et elle a fini en disant que l'agriculture n'avait commencé que quelques milliers d'années plus tard, donc qu'à cette époque, et a fortiori quand Adam et Ève étaient sur terre, il ne pouvait y avoir de jardin.

Ainsi elle essayait de démolir l'histoire de la Genèse en disant que le jardin d'Eden était un mythe car l'agriculture n'avait commencé que beaucoup plus tard. Mais elle omettait de dire que le jardin d'Eden n'était pas oeuvre humaine, il avait été offert par le Créateur à Adam et Ève, et il n'était sûrement pas un endroit qui comportait des rangées de légumes comme les jardins cultivés par les hommes, et que le terme jardin était un terme descriptif approximatif. Ce que l'on sait c'est qu'Adam et Ève y trouvaient tout ce dont ils avaient besoin pour se nourrir sans avoir à travailler la terre, et qu'une fois chassés de là, ils ont dû gagner leur pain à la sueur de leur front.

Sa prestation terminée, Agnès a voulu quitter la scène et elle a saisi le chevalet par le haut du pied, mais la chemise qui contenait son texte est tombée du support et ma sœur s'est baissée pour ramasser les feuilles éparses et elle a disparu derrière la table, on ne voyait plus que le haut de sa tête. On pensait que cela ne prendrait que quelques secondes mais cela a pris très, très longtemps (45 secondes) avant qu'elle ne refasse surface. Pendant ce temps la caméra restait impitoyable à filmer tout ce qui se passait car elle était sur un pied et personne ne s'en occupait.

Ma sœur portait ce jour-là une perruque de cheveux courts car elle était sous chimiothérapie. Elle portait une espèce de pendentif sur un lien de cuir, fait d' une fourche asymétrique provenant apparemment des bois d'un cervidé. On peut se demander pourquoi elle avait choisi cette parure pour une prestation qu'elle savait être filmée, alors qu'elle ne manquait pas de colifichets. Est-ce qu'il y avait un rapport entre cette fourche et son déni de l'existence du jardin d'Eden? Personnellement j'ai trouvé que sa disparition sous la table était extrêmement humiliante et en même temps, justice poétique.

À part ça l'année s'est terminée sans secousse et c'est tant mieux. Il n'y a pas eu cette année d'illumination dans les rues, du moins dans mon quartier, ni de rituels commerciaux agaçants. J'ai décidé, tout compte fait, de ne pas intervenir pour essayer d'empêcher l'exécution de Tracy Beatty. Je l'ai déjà fait une fois en 2015 et cela n'a servi à rien sauf à reporter l'exécution à une date ultérieure. J'ai arrêté au fil du temps de suivre l'actualité de ce cas et j'ai cessé de fréquenter le site du couloir de la mort du Texas car je me suis détachée affectivement de ce personnage qui, s'il est innocent du crime pour lequel il a été condamné à mort, n'en est pas moins un sociopathe.

Il n'en reste pas moins que si le crime s'est déroulé comme je l'imagine, alors il est le résultat d'une machination diabolique qui mériterait qu'on lui consacre un roman ou un film, ou les deux.


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