Journal de la Femme à Abattre



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Paris, août 2020

Lundi 17 août: Le mois a commencé avec la poursuite de la démolition de la cheminée de cuisine. J'ai enfin trouvé par où remontaient les souris! Il se trouve que les éléments creux des conduits de fumée ont des bords arrondis alors que l'angle de la maçonnerie était droit. Il y avait donc un espace qui devait être comblé par du mortier au moment de la construction, mais ne l'était pas du côté gauche de la cheminée. Ainsi, avec l'affaiblissement des briques du foyer qui étaient disjointes, les souris ont trouvé passage.

Le dimanche 2 août j'ai fait venir deux gars qui avaient placé une annonce sur le Bon Coin, offrant leurs services pour l'enlèvement de gravats et leur dépôt en déchetterie. Ils sont venus vers 11 heures (partant d'Aubervilliers ils ont mis une heure pour venir) et en une heure ils avaient tout dégagé et chargé dans leur camionnette-benne. Il y avait en tout dix sacs de gravats plus de gros morceaux de maçonnerie couverts de suie sur le côté interne. Le prix convenu était de 180 euros. Tout s'est bien passé et après leur départ j'ai pu reprendre mon oeuvre.

Avant de faire appel à ce service j'avais essayé de voir si je pourrais faire descendre les sacs de gravats par la fenêtre. Car il existe un service qui fournit un Big Bag d'un mètre cube et qui l'enlève pour cent euros. Pour utiliser ce service il m'aurait donc fallu descendre les sacs moi même et il m'était impossible de les descendre par l'escalier. Mais si j'avais un treuil, une poulie, installé à la fenêtre alors j'aurais pu descendre les sacs par là... J'ai eu beau réflchir il n'y avait pas de solution simple. Le levage a fait l'objet d'innombrables études depuis la nuit des temps et après avoir tenté mentalement de bricoler quelque chose j'ai arrêté en me disant que je faisais fausse route. Si je devais investir dans du matériel de levage il fallait y mettre le prix car on ne peut pas se permettre de bricoler avec de telles charges et risquer que tout bascule, que quelque chose casse et que la charge tombe en chute libre, ou que l'agencement de fortune ne cède et provoque des blessures ou des dommages matériels. Surtout que la fenêtre en question est juste au-dessus de la porte d'entrée de l'immeuble.

Mon progrès a été interrompu par la canicule. Il a fait 37° la semaine dernière et la nuit venue la température a très peu baissé car les murs exposés à l'ouest restituaient la chaleur accumulée dans la journée. J'en fus réduite à prendre des douches froides toutes les deux heures, et au plus fort de la canicule j'ai même pris deux douches certaines nuits. C'est seulement une fois rafraîchie que je pouvais me rendormir.

La semaine dernière j'ai quitté le magasin de fruits et légumes sans prendre ma monnaie. Je m'en suis aperçue une fois de retour chez moi. J'ai vérifié mon ticket de caisse et la monnaie que j'avais pour m'en assurer. J'aurais dû recevoir un peu plus de cinq euros en monnaie. Il fallait que je ressorte. Il valait mieux que j'y aille le plus vite possible sinon elle allait oublier et nier qu'elle me devait quoi que ce soit. Je me suis donc rhabillée, car la première chose que je fais en rentrant chez moi c'est de me mettre en chemise de nuit d'été.

Au moment où je fermais ma porte d'entrée, ma voisine est arrivée. Je ne l'avais jamais vue. Ce doit être une occupante temporaire, par la locataire en titre Élodie Bouchez. Elle était grande et mince, vêtue d'une robe beige très ample qui la couvrait du cou jusqu'aux pieds, avec des manches longues très amples elles aussi. Sa tête était couverte d'une capuche attachée à la robe et serrée autour du visage ce qui cachait complètement ses cheveux. On aurait dit une tenue de musulmane pieuse. Je lui ai demandé si la machine à laver qui était à côté de sa porte depuis environ un mois lui appartenait. Elle a dit oui et m'a demandé si elle me gênait. J'ai dit non mais en fait, si cette machine n'était pas là je pourrais entreposer davantage de sacs de gravats.

Elle m'a dit que la machine était en panne. Je lui ai demandé ce qui n'allait pas. Elle me montra le couvercle, qui était séparé du corps de la machine au niveau des charnières. Ce n'était pas une grosse panne! Elle me répondit qu'il y avait un autre problème et elle me montra vaguement l'autre côté du couvercle, un tout petit truc, peut-être le loquet à ressort qui fermait le couvercle. Et elle jetait une machine à laver pour si peu!

Je lui demandai pourquoi elle ne la faisait pas réparer. Elle dit non mais j'ai oublié la raison. Je lui dis que si elle voulait, je pourrais demander aux gars qui allaient venir enlever les gravats d'enlever aussi cette machine mais il faudrait participer aux frais. On aurait dit que j'avais lâché une énormité. Comment! Payer pour faire enlever cette machine! Pas question! fut en substance ce qu'elle me répondit. Elle préférait demander à des amis qui le feraient gratuitement. Alors elle était près de ses sous pour la mise au rebut de sa machine mais elle la jetait pour une panne qui n'empêchait même pas son fonctionnement. Allez comprendre. Elle coupa court à la conversation en me souhaitant une excellente journée puis elle rentra chez elle et ferma la porte.

En chemin je me demandai ce que voulait dire cette brève entrevue. J'avais presque envie d'être en colère mais je savais que ce n'était pas la bonne réponse à la situation.

La vendeuse n'a fait aucune difficulté. Elle se souvenait que j'étais partie sans prendre ma monnaie, mais si elle l'avait posée sur le comptoir je l'aurais prise. Le fait est qu'elle ne l'avait pas fait, et cela m'a induite en erreur et je suis partie sans demander mon reste. Bref, elle m'a donné ma monnaie sans faire d'histoire. Elle se souvenait même du montant de ma note mais je lui ai montré mon ticket de caisse.

La chaleur s'est un peu atténuée à partir de mercredi dernier. En milieu d'après-midi, au moment où le soleil tapait contre le mur de l'immeuble, le ciel était maintenant couvert. Il y a eu un bref orage mais peu de pluie. J'ai remarqué que la foudre tombe tout près de là où j'habite. Je ne sais pas ce qui l'attire, mais quand elle tombe on voit une boule de feu et le tonnerre se fait entendre aussitôt. C'est impressionnant.

Le ciel était couvert de même le reste de la semaine. J'ai mélangé les ingrédients pour faire une tarte aux pommes mais je n'ai étalé la pâte qu'avec un jour d'intervalle. Entre temps j'ai épluché et coupé les pommes, et les ai mises à cuire mais j'ai oublié de mettre de l'eau et les ai oubliées sur le feu. Le fond a brûlé, elles ont caramélisé. Le lendemain je me suis levée à 6 heures et j'ai tout de suite enlevé les petits morceaux carbonisés. Plus tard j'ai étalé la pâte. Elle avait commencé à fermenter par cette chaleur. Elle était toute molle et malléable, je l'ai étalée facilement et l'ai mise au four 20 minutes à 200°. C'était parfait. Entre temps j'avais ajouté aux pommes de l'eau et du sucre et les avais mises sur feu doux pour que tout se mélange bien. Le résultat était satisfaisant et quand tout eut refroidi j'ai étalé les pommes sur le fond de tarte et je pus enfin déguster. C'était bon.

Dans le monde extérieur on continue à nous enquiquiner avec ce satané virus Covid 19. Le port du masque est obligatoire dans certaines circonstances mais pas d'autres, et cela dépend des départements. Ce sont les préfets qui décident. Les gens qui veulent obéir ne s'y retrouvent plus et perdent patience, si bien qu'une femme a réclamé que, pour mettre fin aux incertitudes, il soit ordonné que le masque soit porté partout et en tout temps. Parce que dans certains quartiers très fréquentés le masque est obligatoire dans la rue mais pas dans certains autres quartiers.

Je considère que les gens qui portent un masque sont apeurés, ils ont trop regardé la télé. Quand je vois des gens marcher dans la rue déserte à 6 heures du matin et porter un masque, je me dis qu'ils ne sont pas raisonnables. Sur les photos d'actualité les ministres, les chefs d'état, tout le monde porte un masque. Cela rend les photos complètement dépourvues de sens, et en plus cela est ridicule et en même temps effrayant. J'imagine une femme qui a été prise en photo dans les actualités, et elle reconnait sa robe mais son visage est masqué, et elle peut dire: « Tu vois, c'est moi. C'est ma robe. » alors que jusqu'à cette frayeur d'épidémie, on reconnaissait les gens aux traits de leur visage. Il fallait bien que la folie du monde se manifeste de façon visible, et ces visages masqués sont la manifestation de cette folie.

Mardi 18: Hier je suis allée faire des courses. Je porte dans mons sac un masque dans un étui en plastique pour le mettre quand c'est obligatoire car je me suis vue refuser l'entrée du supermarché une fois, faute d'en avoir. Cette fois je suis rentrée le visage à découvert mais tout le monde portait un masque et finalement j'ai cédé à la pression, personne n'est venu me dire de le mettre, et je l'ai mis, mais j'ai laissé mon nez à l'air car le masque étant épais, j'ai vite fait d'étouffer sous le tissu. Je suis effrayée de voir à quel point les gens sont obéissants. Je me demande combien de temps cela va durer. Cela ne facilite pas la communication, mais il me semble que depuis que le port du masque est recommandé, les gens sont moins accrochés à leur smartphone. En effet je ne les vois plus tellement marcher dans la rue avec un masque les yeux rivés sur leur appareil. C'est l'un ou l'autre dirait-on.

Il y a eu des protestations contre le port obligatoire à Madrid et à Berlin. Un sursaut de conscience de la liberté individuelle qui nous est volée. Pas en France.

J'ai appris qu'une ferme de mille cochons s'implantait à Blanzac, le village proche de Bellac où j'avais visité une maison à vendre avec terrain. Il y a aussi un centre de méthanisation regroupant 78 éleveurs autour de Bellac. Ces opérations génèrent de nombreuses nuisances: trafic de camions, odeurs pestilentielles qui affectent les alentours, destruction du paysage. Je ne sais pas si les propriétaires vendeurs le savaient, mais ils m'avaient donné l'impression de me cacher quelque chose et j'avais cherché des défauts dans la maison, mais c'est peut-être le fait de savoir et de se taire qui avait affecté leur attitude et éveillé ma méfiance.

Pour quelqu'un qui cherche à acheter un bien immobilier, il faut se méfier de nombreux obstacles. En plus des centrales nucléaires il faut aussi éviter les parcs d'éoliennes, non seulement ceux existant mais aussi les futurs, et maintenant, en plus, les méthaniseurs. Ces derniers sont la nouvelle solution-miracle pour produire de l'énergie propre. Eh bien si la merde est propre maintenant, où en sommes nous? Ah mais il s'agit d'une propreté de l'électricité seulement car elle est produite sans carbone! Mais c'est faux. Pour compléter les apports aux digesteurs, les éleveurs font pousser des céréales et des légumineuses désignées par un acronyme C.I.V.E. (cultures intermédiaires à vocation énergétique) dans le seul but de les déverser dans ces cuves appelées digesteurs, ce qui à mon avis est scandaleux quand on sait la quantité d'eau que consomment les céréales et les légumineuses avant d'arriver à maturité alors même que la France depuis plusieurs années traverse des périodes de sécheresse très graves, et bien sûr le fait que c'est de la nourriture qui pourrait calmer la faim de tous ces nouveaux pauvres. Sans compter que ces installations sont sujettes aux explosions mais la réglementation n'a pas encore réagi pour imposer une certaine distance entre celles-ci et les habitations. Il y a seulement une limite de volume traité, qui facilement contournée en multipliant les installations dans un même secteur.

J'ai suivi l'interview d'un agriculteur qui a installé un méthaniseur sur son exploitation. Il avait l'air hyper-nerveux. Il ne cessait de se mordre les lèvres et de regarder de droite à gauche comme une bête traquée. En regardant à une vitesse légèrement inférieure à la normale c'était encore plus frappant. Il était interviewé par les journalistes d'une chaîne dédiée à l'agriculture. Il a expliqué le fonctionnement. Tout à l'air très au point en théorie mais il y a sans cesse des problèmes et il faut intervenir immédiatement sous peine que le dérèglement se propage et produise des résultats très fâcheux. Il disait qu'il avait besoin d'embaucher pour que quelqu'un le décharge car il était sur le qui-vive 24/24 7/7 mais il avait du mal à trouver le gars assez démerdard (Sic). Pour ma part je me demande si cette nouvelle technologie n'est pas un peu comme les éoliennes, un faux progrès très onéreux qui fait dépenser de l'argent aux agriculteurs avec des promesses de revenus faciles, mais qui ne tient pas ses promesses et les laisse endettés sans possibilité de rembourser leur emprunt.

Je n'ai pas encore creusé la question mais il y a sans doute des subventions de l'état ou de l'U.E. pour la construction de ces centrales qui vendent l'électricité produite à EDF aux termes de contrats de trente ans. Nous savons déjà que les éoliennes sont subventionnées et que la mafia a mis la main sur les gros sous. Alors pourquoi pas les méthaniseurs?

D'autre part l'état paie une partie du prix des vélos électriques, donc il y a une incitation de la part de l'état à s'équiper de ces engins et par conséquent, à consommer de l'électricité. Personellement, ayant réfléchi à la question et même tenté d'acheter une de ces machines, j'ai décidé de ne pas acheter de vélo électrique et de m'en tenir à l'énergie musculaire. Sans même prendre en considération la production d'électricité par les méthaniseurs, les médias ont beau dire que les e-bikessont plus écologiques que la voiture, le principe n'est tout de même pas écolo et pourtant je ne suis pas une fanatique de l'environnement. C'est encore une façon de nous faire consommer, dépenser notre argent. Et puis quand on nous la vole on n'a plus qu'à recommencer. Car il y a ça aussi: le souci, l'inquiétude permanente qui cause un stress et moi je n'en veux pas. Il y a bien les vélos pliants comme le Brompton (celui que j'ai failli acheter) qui se plie en trois et qu'on peut ranger sous son bureau au travail ou dans son appartement, mais il pèse 17kg et c'est trop lourd pour moi qui vis au 2ème étage sans ascenseur.

Le mois s'est terminé par l'enlèvement de mes gravats après que j'eusse complètement rasé la cheminée de la cuisine. Je dois revenir en arrière.

Le lendemain du 17 août où j'avais raconté mon entrevue avec ma voisine au sujet de la machine à laver qui squattait le palier depuis un mois, un écoulement d'eau s'est produit dans ma salle de bains dans le coin à gauche de la fenêtre. Il était suffisamment abondant pour que je prenne des mensures de protection. Ainsi j'ai placé un seau oblong entre le tas de gravats et la cuvette du w.c. pour recueillir cet écoulement, et j'ai scotché un sac à gravats contre le mur sous l'écoulement pour le diriger vers le seau et ainsi je n'ai pas eu à m'en soucier davantage. L'écoulement s'est arrêté dans la soirée et il a repris le lendemain et a duré toute la journée. Le jour suivant il avait cessé et n'a pas repris alors après une attente de sûreté j'ai vidé le seau qui était à moitié plein et enlevé le sac à gravats collé au mur.

Comme j'arrivais à la fin de mon travail de démolition je me demandais si je pourrais démolir de même la cheminée de la salle de séjour. J'étais certaine que celle de la cuisine était complètement désaffectée mais j'avais besoin de certitude au sujet de l'autre.

Comme je rentrais du supermarché j'ai rencontré Mr Ung dans l'entrée de l'immeuble et j'en ai profité pour me renseigner. Je lui ai d'abord demandé si c'était bien lui qui était propriétaire de l'appartement au-dessus de chez moi. Il a dit oui, alors je lui ai demandé ce qu'il en était de la cheminée de la salle de séjour, et il m'a dit qu'elle avait été supprimée. C'était la réponse que j'espérais. Je pouvais ainsi démolir la mienne sans problème et ainsi agrandir la surface de la pièce. Déjà j'appréciais le gain d'espace considérable dû à la démolition de la cheminée de la cuisine. Ce n'était pas seulement une affaire de surface gagnée, mais de la libération de l'espace autour. Vraiment, depuis cette démolition je me sentais beaucoup plus à l'aise dans cette cuisine et je comptais bien continuer avec l'autre cheminée.

Mr Ung m'a demandé si j'allais bientôt dégager les trois sacs de gravats que j'avais déposé sur le palier. Je lui ai répondu que d'ici une semaine j'aurais terminé mon travail et ferais venir l'équipe de déblaiement. Il avait l'air un peu mécontent, il m'a dit qu'il faudrait nettoyer après l'enlèvement. La première fois on avait balayé devant ma porte mais je n'avais pas fait attention à l'escalier, je n'y avais pas pensé. J'étais un peu étonnée qu'il me parle de ces sacs qui n'étaient là que depuis deux ou trois semaines alors que la machine à laver était là depuis un mois.

Je lui en ai parlé, je voulais savoir ce qu'il en pensait. Je lui ai dit que la voisine ne voulait rien payer pour l'enlèvement de son épave. Il m'a dit qu'elle ne voulait pas qu'on y touche, ni qu'on l'enlève ni rien d'autre, pourtant à ma connaissance un objet laissé à la portée de tout un chacun est abandonné et chacun peut en faire ce qu'il veut alors elle ne pouvait pas imposer un droit quelconque sur cette machine.

Il a fini par me dire qu'il aimerait qu'on soit en bon termes mais je n'avais jamais eu de mots désagréables avec lui ni personne du restaurant. Sur ce je suis montée chez moi.

Comme j'avais promis un enlèvement des gravats sous une semaine j'ai continué à travailler malgré la chaleur. Je n'avais plus que les extrémités supérieure et inférieure à araser, et un piquage général du mur pour faire tomber tout ce qui ne tenait pas bien.

La plupart du temps j'ai travaillé sans la moindre protection. J'avais bien essayé au début de me protéger les cheveux mais le bonnet me faisait trop suer. Le masque me tenait trop chaud et m'empêchait de respirer alors je ne le portais que pour les phases où je produisais trop de poussière comme au cours du ramassage des gravats. Les gants de bricolage étaient trop étroits et prenaient trop de temps à enlever, et j'ai trouvé que les gants de ménage super-résistants que j'avais dans un tiroir faisaient mieux l'affaire. Je ne portais aux pieds que des flip-flops et j'ai parfois reçu des projections de gravats contre mon corps ou mes jambes mais jamais rien ne m'est tombé sur les pieds.

Pour travailler en hauteur je plaçais mon escabeau de trois marches à côté de la table que j'avais positionnée au bon endroit et je me retrouvais ainsi sur une plateforme de dimensions confortables. A un moment une de mes sandales en plastique s'est cassée. Cela aurait pu interrompre ma séance de travail mais j'avais en réserve des chaussures de randonnée en caoutchouc Aigle qui n'avaient jamais servi, et je les ai chaussées pour pouvoir continuer.

Pour araser la base de la cheminée je devais trouver un moyen de me mettre au bon niveau sans être trop inconfortable. Je pensai que j'aurais besoin des genouillères que j'avais achetées il y a longtemps mais jamais encore utilisées et les apportai sur les lieux. Je voulais m'asseoir sur un saloir en grès retourné mais au moment où j'ai voulu m'asseoir je l'ai raté car la flexion réduite de ma jambe gauche m'a fait m'asseoir derrière le saloir. Je me suis retrouvée assise par terre. Ma chute a été inattendue et la table derrière moi a reculé, le burin est tombé à une certaine distance mais tout compte fait je n'avais pas besoin de me relever, je pouvais récupérer le burin en étendant le bras, j'avais juste besoin de me mettre quelque chose sous les fesses pour me protéger des pastilles en relief, et justement, un magazine gratuit trainait à portée de main. J'ai enfilé les genouillères, j'ai cassé la base de la cheminée dans cette position en me déplaçant une fois vers la droite et cela fut rapide. Je me suis relevée sans problème et les deux ou trois jours suivants j'ai fait le piquage du mur.

Tout le ciment qui avait tenu les conduits est d'abord parti. Il y avait aussi beaucoup de marques noires et je les ai enlevées, parfois c'était la pierre elle-même mais à la longue j'avais acquis une certaine dextérité avec le marteau et le burin, je pouvais frapper sans regarder la tête du burin, et en choisissant l'angle du burin contre la pierre, je pouvais l'effleurer pour enlever les marques de surface et faire glisser le burin sur une certaine distance. Ainsi j'ai éliminé la plupart des marques noires. Je me demandais pourquoi je faisais cela. Sûrement le mur serait recouvert d'une façon ou d'une autre et le travail que je faisais serait inutile mais j'éprouvais une certaine satisfaction à le faire, et comme j'ai toujours aimé la pierre je me suis demandé si je n'avais pas raté ma vocation, j'aurais peut-être dû me faire sculptrice ou tailleuse de pierre.

Je trouvais tout le temps quelque chose de plus à enlever. J'aurais aimé continuer mais il faut savoir s'arrêter, « leave well-enough alone » comme disent les Américains. Le vendredi 28 j'ai téléphoné à l'entrepreneur qui était déjà venu et nous avons pris rendez-vous pour le dimanche 30 août. Je lui ai demandé combien il allait me facturer. J'avais moins de sacs que la première fois mais davantage de gros gravats empilés. Il avait annoncé un tarif entre 180 et 220 euros alors quand il m'a répondu « On verra » je ne me suis pas trop inquiétée.

Je suis sortie dimanche matin pour retirer des espèces. Le distributeur du centre commercial n'a rien voulu savoir alors je suis allée à la Banque Postale et là j'ai retiré 300€. En chemin l'entrepreneur m'a appelée pour me dire qu'il arriverait vers 11H25. J'ai bien aimé la précision.

Il est arrivé un peu avant midi et en attendant j'ai fait un nettoyage de mon disque dur comme cela j'attendais deux choses en même temps. Quand le nettoyage est fait à 45% il y a toujours un long moment d'attente et puis cela reprend et le reste est terminé en quelques secondes.

Puis les gars sont arrivés. J'ai dit au patron, un certain Monsieur David, que s'il voulait enlever son masque, qu'il n'était pas obligé d'en porter chez moi. Il m'a dit qu'il préférait le garder alors je lui ai demandé de me laisser voir son visage au moins car je ne l'avais jamais vu. Il a écarté son masque et il souriait, il avait une bonne gueule, blond aux yeux bleus, des dents saines, puis il a remis son masque.

Je lui ai montré tout ce qu'il y avait à enlever et il m'a dit qu'il ne pouvait pas le faire pour moins de 350€. C'était exactement la somme que je portais sur moi, on aurait dit qu'il le savait! Je suis restée sans rien dire alors il m'a dit que la première fois il m'avait fait un tarif « pour m'aider » alors que nous ne nous connaissions pas, mais il devait payer ses ouvriers, payer la déchetterie et il fallait vider les sacs, bref il me racontait une histoire attendrissante, une « sob story » comme s'il ne savait pas tout cela quand il a annoncé ses tarifs sur le Bon Coin. Je n'ai pas discuté. Le travail a été rapide. En cours j'ai entendu une voix dans l'escalier. J'ai demandé ce qui se passait. David a dit que quelqu'un demandait qu'il nettoie l'escalier quand il aurait fini. « Ah! » me suis-je dit, « c'est Monsieur Ung. »

Il m'a proposé de faire des travaux de maçonnerie et de peinture, me faisant des descriptions alléchantes de la cuisine aux murs lisses et repeints de frais, et m'a proposé à nouveau, comme il l'avait fait la première fois, de démolir l'autre cheminée pour 450€ y compris l'enlèvement des gravats. Il m'a dit qu'il pourrait le faire en une demie-journée. Je trouvais une disproportion entre son tarif de 350€ pour enlever la deuxième moitié des gravats et son tarif de 450€ pour la démolition complète et l'enlèvement de tous les gravats.

J'ai dit d'accord et je pensais lui donner rendez-vous pour la semaine suivante, c'est-à-dire celle qui commençait le 7 semptembre, mais il a insisté pour venir le mercredi 2 septembre. J'avais l'esprit un peu confus. Je n'arrivais pas à comprendre qu'il ne voulait pas me laisser une semaine de répit mais il a répété pour que je sois sûre d'avoir compris et finalement j'ai dit d'accord.


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