Lettre à l'Inspecteur des Impôts d'Evreux Nord

New York le 11 août 1993
Succession de Célestin Picart
Monsieur,

Je vous avais contacté fin décembre 1992 juste avant votre départ en congé. J'étais scandalisée par les agissements des parties intéressées dans le règlement de la succession de mon père, décédé le 14 septembre 1990 à la Musse, et avais décidé de rompre le code du silence.

Vous m'aviez dit de vous écrire, et je n'ai pas postéla lettre. Ce n'est certainement pas une démarche agréable que de dénoncer sa famille et un sentiment de loyauté m'a retenue encore quelques mois. Cependant de nouveaux motifs d'indignation se sont entre temps ajoutés aux précédents, et je me sens relevée de cette considération.

Mon père de son vivant a toujours exprimé une haine immodérée pour le Fisc et s'est senti justifié en commettant un grand nombre de fraudes. Il existe donc une quantité importante d'argent liquide.

Par ailleurs, ma mère qui théoriquement a droit à la quotité disponible, a en réalité le contrôle total non seulement de l'argent liquide mais également des revenus locatifs et du produit des ventes des immeubles. Elle a choisi seule le notaire chargé du règlement de la succession et l'expert comptable est un ami d'enfance à elle.

La succession étant en indivision, il ne me semble pas normal que certains descendants fassent acquisition de biens immobiliers avant le partage des biens proprement dit. Cependant, sous l'appellation d'"avance sur capital", plusieurs de mes frères et sœurs ont acquis des biens immobiliers. Il ne fait guère de doute pour moi que ces achats ont été payés comptant, et non à l'aide d'emprunts comme on essaie de me le faire croire.

En ce qui me concerne, j'ai toutes les peines du monde à obtenir de ma mère qu'elle m'envoie environ FF40 000 par an, et je ne trouve pas normal que ce revenu, qui correspond à ma part des loyers des immeubles, soit sujet à sa discrétion.

De plus, ma mère n'accepte jamais de m'envoyer cet argent sans essayer d'extorquer ma signature en échange, pour la vente d'un appartement ou même d'un immeuble. Elle a aussi extorqué ma signature contre des promesses qu'elle n'a pas tenues.

Elle ne me fournit jamais de pièces comptables et s'offusque quand de mon côté je demande des documents en bonne et due forme. La succession s'est ouverte sur les bases d'un protocole frauduleux et légalement invalide. La déclaration de succession, du moins la copie que j'en ai, ni datée ni signée, n'a qu'un rapport lointain avec la réalité.

Ma mère se sert de son contrôle financier pour manipuler ses enfants et c'est peut-être ce qu'il y a de plus odieux dans toute l'histoire. Pour ma part je me tiens à l'écart. Sans enfant, je suis moins dépendante de sa générosité. J'essaie seulement de faire valoir mes droits mais en vain car ma mère désapprouve mon style de vie, c'est-à- dire ma volonté de travailler pour être financièrement indépendante. Cependant son opinion ne devrait pas supplanter les lois sur la succession.

Je trouve que ma mère usurpe sa position.

Comme justificatifs de dissimulation de revenus, je vous envoie ci-joint copie de: 1- lettre du Crédit Suisse; contrairement à ce que dit la lettre, les soldes ne sont pas identiques d'une année à l'autre puisque ce compte est porteur d'intêrets. 2- Lettre du Tribunal de Grande Instance de Nanterre dans l'affaire Guignard. Mr. Guignard était chargé entre autre de la gestion du compte de mon père à l'agence BNP des Sablons à Neuilly/Seine. Il y avait en particulier la somme de 1,2 million de Francs en liquide que mon père lui avait remise en échange non pas d'un reçu BNP mais de trois chèque personnels sur un compte CCP, sans provision bien sûr. Durant les derniers mois de sa vie mon père a essayé d'obtenir, de son lit de malade, que Mr. Guignard lui rende tout ou partie de l'argent mais sans succès. 3- Avis de transfert de ce compte à la BNP New York à mon intention, indiquant l'intitulé et le numéro de compte à l'agence de Neuilly: ce compte était un compte de non- résident, exempt d'impôts, au nom de ma sœur Elisabeth, épouse de Théo Geisel, qui vit en Allemagne. 4- Avis de transfert d'un compte d'épargne à Francfort au nom de ma soeur, à la BNP New York à mon profit. Peu avant l'incarcération de Mr. Guignard et le décès de mon père, ma sœur Elisabeth était venue d'Allemagne pour clôturer le compte de Neuilly. Elle avait transporté les espèces en Allemagne et les avait déposées sur ce compte d'épargne.

J'espère que ces documents vous convaincront et que vous examinerez cette affaire de plus près.

Par mesure de sécurité il ne m'est pas possible de recevoir de courrier important à ma présente adresse. Si vous le désirez, vous pouvez me téléphoner à partir de 13 heures, heure de Paris, c'est- à-dire 7 heures du matin heure de New York. Je prendrai contact avec vous par téléphone dans environ un mois pour savoir quelle suite vous donnez à cette lettre et vous communiquerai un numéro de fax.

Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées.

Brigitte Picart